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Sara, morte assassinée par la police


Photooo

Elle s’appelait Sara et elle n’avait que vingt ans…
Le plus bel âge à ce que l’on dit. Elle avait la vie devant elle et elle a trouvé la mort de manière tragique, suite à une noyade, après un banal contrôle de police. Et tout ça par ma faute, parce que j’ai été tellement stupide…
Sara aurait eu vingt et un ans ce dimanche. Pour l’occasion, On s’était tous cotisé de longue date et on avait prévu de lui préparer une surprise pour son anniversaire. Cela aurait du être une journée mémorable, où des plaisanteries et des rires en tous genre devaient fuser de toutes parts, au milieu des cris de Tommy à l’endroit d’Axel, parce qu’il avait encore oublié d’acheter les sauces pour le barbecue.

Pourtant, ce dimanche n’est pas jour de fête. On en est bien loin. Ce Dimanche, on enterre ma meilleure amie, et je dois prononcer un discours.

Aligner deux phrases à la suite sans perdre mes moyens a toujours relevé du pur exploit pour moi ; mais je ne peux me défiler aujourd’hui. Après ce que j’ai fait, c’est tout de même le moins que je puisse faire.
Voilà que le prêtre me fait signe de la main et m’invite à prendre la parole.
Mon cœur se met à cogner encore plus fort contre ma poitrine et mes mains moites se crispent sur ce bout de papier, où figure ce petit discours que j’ai rédigé pour l’occasion.
En rejoignant le prêtre, je n’ose regarder Tom – peut-être par culpabilité – les traits du visage déformés par la tristesse, et ma filleule, ma petite Clarinette, leur unique trésor comme aimait souvent à nous la présenter Sara, dont les grands yeux clairs sont restés embués à jamais quand Tom lui a dit que sa Maman n’allait plus jamais revenir. Chaque fois que je le vois tenir cette petite dans ses bras, en larmes, on dirait que mon cœur se craquelle de toutes parts.
Alors que je m’apprête à m’exprimer, les mains tremblantes et le visage désormais larmoyant, une goutte d’eau m’éclabousse. Puis deux gouttes. Puis Quatre. Enfin, une multitude de gouttelettes se mettent soudainement à ruisseler sur mon visage, cachant mes larmes aux innombrables paires d’yeux tristes qui me fixent maintenant.

On me propose un parapluie mais je refuse poliment.

Ca y est. Il est temps de lui dire Adieu. Le discours. C’est l’heure.

Mais voici que mes lèvres tremblent et que les mots me manquent. Je balbutie des mots incompréhensibles. Ma vue se trouble. Il faut dire que cette pluie n’aide pas.
Je n’arrive pas à lire. Je ne comprends pas. Que se passe t-il ? Pourquoi je m’avère incapable de lire ce que j’ai écrit ?
La culpabilité me rongerait t-elle donc à ce point ? Est-ce parce que je réalise qu’il s’agit d’une véritable Adieu ? Elle ne sera donc plus des nôtres, pour de vrai ?!
Tout ça ; c’est donc vrai.Ce n’est pas un mauvais songe. Sara qui git-là dans ce trou, seule plus que jamais, dans ce cercueil froid; et qui n’éclairera plus son foyer de son rire tonitruant dont elle avait le secret.. C’est donc vrai. Elle n’est plus des nôtres. Elle ne sera plus jamais des nôtres.

Le temps file. Mon cœur saigne abondamment, mais je ne suis pas la seule. Il faut que je parle.

Tom et clarinette me fixent maintenant avec une intensité inouïe. Qu’importe le texte, je vais parler dans quelques minutes, juste avec mes mots, juste avec mon cœur, sans recourir au texte froid et sans âme qui figure sur ce bout de papier humide. Voici ce que je dirais, ou du moins ce que je voudrais dire ; étonnamment les mots viennent plus facilement à mon esprit :

« Il y a des gens avec qui on a beau avoir passé des années, qu’on connaît depuis l’enfance, mais qui ne vous ont jamais rien apporté de bénéfique, bien au contraire. Et puis il y a d’autres, qui lors d’une rencontre, en un mot, un sourire, une conversation, vous ont apporté quelque chose de vital, vous ont fait grandir, voir les choses et la vie sous un nouvel angle.
Sara faisait partie de cette dernière catégorie de personne. Ma vie eût été différente si je ne l’avais pas rencontré. Alors que j’étais en train de tomber dans un précipice, elle me rattrapa de sa main et me sauva.
Mais ce que je dis là dois certainement sonner creux comme ça. Je le sais bien. C’est pourquoi il faut que je vous raconte son histoire, les circonstances dans lesquelles on s’est connu, afin que vous mesuriez l’impact qu’elle a eu dans ma vie, afin que vous puissiez vous figurer à quel point elle a été importante pour moi, ses proches, sa famille, à quel point elle était autant belle de l’intérieur que de l’extérieur. Et je me sens tellement coupable car c’est cette compassion qu’elle avait à l’égard de ses proches qui l’a tuée.

Sara est née à Homong, un village reculé et oublié de tous, un village que peu d’entre vous connaissent, mis à part Tom. Un village, où la terre oscille entre une couleur rouge vif et rouge pâle. Je me rappelle encore que les rares fois où elle me racontait sa vie passée, là-bas, elle ne cessait d’évoquer cette terre curieuse, couleur pourpre, qui s’était gorgé du sang de ses aïeux et les avait sucés jusqu’à la moelle.
Sara n’est pas née avec une cuillère en argent dans la bouche, loin s’en faut. Elle est née dans l’un de ces pays pauvres; ravagés par la guerre. Au Nord du pays, ses semblables s’entre-tuaient à l’arme blanche, dans une guerre civile. Une guerre civile si effroyable, si terrible qu’elle sut – à un âge pourtant innocent – que des soldats faisaient des choses terribles aux femmes là-bas, et que des mères étouffaient leurs bébés dans leur sein pour que ces derniers n’aient pas à vivre ces périodes troublées. Au sud, où elle résidait, elle et les siens, le pouvoir était aux mains d’une junte militaire et des seigneurs de guerre complètement corrompues, qui n’avaient que faire d’une population majoritairement paysanne.

Une de ses anciennes collègues, qui s’est exprimé avant moi, a loué sa douceur et sa patience à l’égard des malades, son éternelle bonne humeur.. Comme quoi, la vie et la destinée…
Sara ne se destinait pourtant pas à devenir aide-soignante au noir. Elle était née dans une famille de petits agriculteurs. Des agriculteurs depuis des générations. Elle aurait d’ailleurs dû faire le même métier que son père, et que faisait son père avant lui, n’eût été la tragédie qui frappa leur famille.
Sara, disais-je, est donc née dans une famille de paysans qui ne roulaient point sur l’or , loin de là. Ces pauvres bougres se tuaient à la tâche du matin – bien avant que pointe l’aube -au soir, jusque tard dans la nuit, à la lumière des astres et des lampes à huile. De ses propres mots – mais un observateur averti l’eût remarqué en examinant les paumes de ses mains rugueuses – c’était un travail harassant, éprouvant. Et si c’est Sara qui le disait ainsi, je peux vous assurer que c’était un doux euphémisme.

Ces pauvres bougres se tuaient donc à la tâche. Seconde après seconde. Heure après Heure. Mois après mois. Sous un soleil de plomb. Sous des pluies torrentielles. Avec des outils traditionnels pour essayer d’extraire quelque chose de cette terre si ingrate… Essayant de protéger le peu qu’ils en retiraient des insectes, des rongeurs et autres calamités qui affectent parfois le monde rural.
Bref tout était fait pour éprouver le courage de ces damnés, mais par je ne sais quel prodige, ils ne se plaignaient jamais. Sara me disait même que malgré l’indigence, elle en a gardé de bons souvenirs. Les récoltes étaient certes maigres, mais du moment que la famille pouvait manger à sa faim et vendre le reste pour pouvoir s’acheter des aliments, des médicaments, du sucre, du sel et autres denrées nécessaires à la vie, dans la plus grande frugalité, alors tout allait pour le mieux dans le meilleurs des mondes comme on disait alors là-bas.

Les premières années de la vie de Sara, furent certes difficiles, mais cela pouvait encore aller. Mais quand elle eut atteint l’âge de dix ans, ou onze je crois, les choses se compliquèrent.

Des changements majeurs qu’ils n’avaient pas prévu vinrent bouleverser le monde tranquille de ces petits paysans à jamais : Sitôt que notre petite famille de paysans se rendait dans les petites bourgades environnantes pour y vendre leurs produits, récoltés à la sueur de leur front sanguinolent, elle constatait avec horreur que ceux-ci ne pouvaient se vendre car ils étaient trop chers par rapport aux produits importés et largement subventionnés, issus des grands groupes agro-industriels occidentaux, qui inondaient désormais le marché local.
Vous imaginez leur profond désarroi et leur immense déception

Ce fut ainsi le cas pendant un an, deux ans, puis trois, quatre…Tant de sacrifices… Tant d’efforts pour rien… Ne plus vivre du travail de ses ancêtres…

Comment ont fait ces gens pour vivre durant tout ce temps ? Je me le demande parfois. Déja qu’avant, ces paysans qui n’avaient que la peau sur les os n’arrivaient même pas à nourrir suffisamment tous les membres de la famille. Je me rappelle encore l’expression qu’affichait Sara lorsqu’elle me raconta le décès de sa petite cousine qu’elle considérait comme sa propre petite sœur, faute de soins et de nutrition de qualité.

Bref, n’arrivant pas à avoir de l’argent nécessaire non pas pour vivre mais juste survivre, beaucoup ont dépéri cette année-là. Une année particulière que cette année. Le vingtième anniversaire de l’arrivée au pouvoir du Général … A en juger par la mortalité infantile durant cette période, Cette année fut aussi un bon cru pour la Faucheuse. Des ombres humaines aux yeux rougis et voiles sombres quasiment toutes les deux semaines, des dépressions, et chose impensable alors, des suicides alors que leur religion interdisait formellement de s’ôter la vie.

Et puis le temps passa… et après maintes déconvenues, ne supportant plus cet état de fait, voulant vivre, non plutôt survivre devrais-je dire encore une fois, le père de Sara ainsi que d’autres familles de paysan eurent une idée folle (C’étaient ses propres termes chaque fois qu’elle me narrait sa vie passée) : se rendre à Bacta, l’imposante capitale; Bacta la majestueuse, fièrement campée dans une plaine et dominant toute la région.

S’y rendre pour – alors croyaient alors ces malheureux – trouver le bonheur. S’ils avaient seulement su mais qui suis-je, moi, hyper privilégié dans cette terre d’abondance, pour les juger ?

Ce n’est pas tout le monde qui a cette étonnante – et très rare – capacité de fuir la misère. Quand on a vécu des années durant dans un endroit, quand on côtoie les tombes de ses ancêtres, quand on y a des souvenirs des premières effusions, des amitiés, des premiers amours, des premières odeurs ; assurément il n’est pas aisé de tout laisser derrière soi malgré l’ombre menaçante de l’ange de la mort et les assauts repetés de ses sous-fifres que sont la misère et la famine. Beaucoup (surtout les personnes âgées, infirmes…) sont restés par dépit, ne sachant ou aller, que faire.

I

Ces paysans arrivèrent donc en ville. Et là encore, comme si la providence ne les avait pas assez éprouvé, terrible désillusion ! la vie n’y était point meilleure. Certes, la minorité de la minorité réussissait à s’en sortir : Les classes fortunées et des bureaucrates proches du pouvoir en place, mais la majorité de la population vivotait au jour le jour dans une indigence digne de ces miséreux des romans de Victor Hugo ou d’Emile Zola.
Ces miséreux auraient pu profiter de la manne que représentait les ressources naturelles du pays, mais ces précieuses ressources étaient confisquées par la Junte au pouvoir, soutenue elle-même par quelques chancelleries des pays riches à ce qu’on racontait alors, dans le secret des alcôves et des antichambres.

Des économistes à la radio disaient que Le pays affichait un taux de croissance positive, mais on sait bien à qui cela profitait et puis, Il faut prendre garde à tous ces chiffres et statistiques parfois trompeurs car ainsi que le disait le dénommé Alfred Sauvy : « Les statistiques sont des êtres fragiles qui, à force d’être torturés, finissent par avouer tout ce que l’on veut leur faire dire »

Sans emploi donc, ne pouvant se loger dans le centre-ville du fait de la cherté de la vie, nos paysans se virent obligés de loger dans des bidons-villes, à la périphérie, dans des habitations de fortunes, où règnent la promiscuité, l’insalubrité, et toutes les calamités qu’on rencontre souvent dans ce genre d’endroit. Du fait de la pauvreté, de l’environnement économique, ces paysans originaires des zones rurales, d’ordinaire si solidaires, s’éparpillèrent. Certains pour survivre allèrent même jusqu’à « voler »… Des familles entières vivaient de la prostitution de leurs filles. Encore une fois, qui serais-je pour les juger ? Les gens bien nourris, confortablement bien logés, aiment à disserter longuement sur la morale, l’éthique, le droit, et blablabla, mais ma foi, mourir bouche ouverte et langue pendante, ce me semble assez désagréable.

Je parle, je parle, mais j’oublie la plus importante. Sara, ah Sara. Sara était l’aînée de sa famille.
La vie à Bacta était rude. Assez rude. Le soleil, les maladies, les deuils – et oui, encore ! – n’épargnèrent point les proches de Sara. Et pourtant, ils gardèrent longtemps le même sourire qu’à l’accoutumée. Mais un jour, c’en fut trop pour notre petite Sara. Vous la connaissez, elle et sa fameuse colère. Tout le monde se rappelle encore de sa colère mémorable à l’encontre de ce fils qui traitait mal sa mère, Mme Lucette, la petite retraitée du premier étage.

Assez de souffrances ! Assez de deuils ! Assez ! Enough is Enough comme disent nos amis américains. N’en pouvant plus de cette vie misérable, Sara prit donc un jour une très grave décision : Elle décida qu’elle ne voulait plus SURVIVRE mais VIVRE. Et si cela ne se pouvait, elle aurait au moins tenté, car on a qu’une seule vie dans ce bas-monde. Elle y avait réfléchi, des mois durant, faisant parfois des nuits blanches. C’était décidé ! Elle ne voulait pas mourir dans ce ghetto, ce lieu sordide. Non, elle voulait vivre, rire, aimer, aider sa famille, et si possible fonder peut-être une famille et qui sait ? Se permettre – idée folle mes amis ! – découvrir d’autres horizons, s’émerveiller de cette vie qui pullule sur notre petite planète. Sara était la plus courageuse de sa petite famille.

Elle me disait souvent que son père la regardait parfois longuement, croyant voir à travers ses yeux, sa bien-aîmée, son épouse décédée quelques années plus tôt du fait d’une maladie redoutable. Une maladie qui pouvait pourtant être surmontée, avec un bon traitement et des médicaments, mais faute de moyens le brave homme n’avait pu malheureusement s’offrir les prestations d’une clinique privée, et Dieu seul sait qu’il aurait vendu son âme pour sauver sa bien-aimée.
Quant à l’hôpital public, ou toute chose rapprochant de près de ou de loin de l’idée d’un service public, Inutile d’y penser. L’argent du contribuable, l’argent des pauvres, dans ce genre de pays, là-bas, c’est d’abord et avant tout l’argent des dictateurs. Oh certains ont bien voulu protester contre cette corruption endémique, sûrs de leur bon droit, mais il y a toujours des prisons, la torture et les assassinats pour ramener à la raison les petites gens, d’ailleurs grâce aux armes et systèmes de surveillance achetés aux pays « amis » du Nord, pays amis se disant pourtant très respectueux des droits individuels et libertés fondamentales

Sara décida donc de partir, malgré l’avis de son père, malgré ses suppliques… Mais l’appel de la vie fut plus fort. Elle ne voulait plus demeurer dans ce gigantesque mouroir qu’était ce bidonville. En fait, c’est pas qu’elle ne le souhaitait plus, mais plutôt qu’elle n’en pouvait plus. Elle avait assez souffert. Enough is enough !

II

Un long périple commença alors. Un long périple fait d’humiliations, de vexations, de honte car on peut être pauvre et rester digne, on peut être pauvre et rechigner à l’illégalité malgré le fait qu’on le fasse pour la vie.

Pendant ce long périple donc, elle fit la connaissance de ces horribles trafiquants.
Marchant à l’ombre des arbres, abusée sexuellement – je n’ose pas dire le mot qui convient – à de multiples reprises par certains de ces trafiquants alors qu’elle avait déjà payé et qu’elle promettait de donner un supplément une fois sur place, courant à cœur perdue pour échapper aux gardes-frontières et leurs molosses, voguant dans les mers dans une minuscule pirogue, perdue dans immense étendue d’eau à n’en pas finir, dans le froid, horrible froid, et ces tempêtes dans les ténèbres où on ne voit quasiment rien si ce n’est sa mort prochaine…

Oui, cette peur de mourir plus que présente qui vous accompagne et ne vous lâche, qui vous rappelle à chaque fois que vous ne verrez peut-être plus les vôtres ; ce temps qui s’écoule différemment, une minute équivalant à des heures, que dis-je, des semaines voire des mois et enfin, ce silence ô combien pesant de la nuit qui engloutit les rêves et les espérances de ces migrant-e-s composé-e-s majoritairement de femmes…

Durant cette odyssée, Sara m’a raconté qu’elle avait perdu plusieurs « amis » de route. Pour de multiples raisons : Des arrestations aux frontières qui avaient mal tourné, des morts au désert, une femme et son nourrisson qui s’étaient noyés dans la mer après que la pirogue ait un peu tangué après une houle plus forte que l’autre…

II

Arrivée enfin dans cet environnement nouveau qu’était l’Occident, amaigrie, à jamais changée du fait de son parcours, de cette odyssée, elle s’émerveilla tout d’abord. Effectivement, c’était bien différent de chez elle. Il n’y avait pas de conflits civils meurtriers à proximité où le viol était utilisée comme une arme de guerre dans une indifférence généralisée. Il y avait la paix, et une certaine abondance.

Certains ont tout de même du bol d’être né du bon côté de la frontière dut-elle sans doute se dire en observant notre société.

L’Occident, un îlot de bonheur et d’abondance dans un océan de malheurs.
Sara ne pouvait travailler du fait de son illégalité et pourtant, elle voulait travailler, à tout prix. Qu’importe le job, aussi dégradant soit-il. Qu’importe le salaire, aussi modique aurait-elle pu être. Ce serait toujours mieux que chez elle et au moins, elle pourrait enfin manger à sa faim. Elle devait bien évidemment se faire toute petite car Il y avait la police. Elle avait entendu parler de ces fameuses chasses à l’Homme. Elle ne connaissait que trop les risques à errer dans les rues piétonnes, les enfants détenus dans les centres de rétentions… Retourner dans son pays d’origine eût été synonyme d’un profond échec, de mort à petit feu.

Elle réussit- comment je me le demande encore ?!- finalement à trouver un travail au noir pour vivre. C’était dur, rude ! Oui, assurément elle était exploitée par un employeur sans vergogne, elle me le disait souvent quand je m’indignais quant à la manière dont elle était rétribuée…

« Mais au moins, Je gagne quelque chose tu comprends... » ajoutait-elle toujours par la suite

Et puis, elle travaillait auprès des personnes âgées, et elle savait y faire avec ces personnes.
Dans le même temps, Sara faisait tout pour s’adapter dans notre pays, et elle prit le parti de suivre des cours en tous genre dans notre association, et d’entamer une procédure afin d’avoir une autorisation de séjour. C’est à ce moment que je fis la connaissance de Sara, et tout de suite, ce fut une entente immédiate. Nous devînmes très vite bonnes amies, et c’est même moi qui lui ai présenté – et j’en suis fier – Tom, un autre bénévole de l’assos.

AH! Tom et Sara ! Dès qu’ils se sont vus, ils sont tombés éperdument amoureux. Oui, car même si notre petite Sara était pauvre, elle restait une jeune femme, belle et désirable pour qui savait voir au-delà d’un visage triste, tourmentée. Malgré tout ce qu’elle avait vécu, elle voulait encore laisser une chance à l’amour. Et qui de mieux que Tom ?

Un précaire lui aussi qui vivotait au gré des missions d’intérim et dont la vie passée n’avait pas été des plus aisés, mais gentil, beau, de grands yeux clairs et sincèrement amoureux. Oui, s’il est vrai que les tracas n’épargnent point les pauvres; qu’Il n’y a pas de seuil pour ces choses-là, on a tout de même tous droit au bonheur, du moins je l’espère. Et ce couple respirait le bonheur.

Pour ma part, j’essayai d’y concourir en essayant d’élaborer son dossier avec d’autres bénévoles en vue de l’obtention de pièces d’identité valide pour qu’elle puisse résider légalement dans le territoire, mais en vain. Par trois fois nous tentâmes, par trois fois nous échouâmes. Continuer n’eût été que pure folie et c’était mettre en danger Sara car une rafle est si vite arrivée…

IIII

Et c’est en ce moment où je parle que je réalise à quel point j’ai été stupide.

Quelques années passèrent. Cela faisait maintenant 3 ans que Sara essayait de vivre dans ce pays malgré l’illégalité. Elle avait pu mettre un peu d’argent de coté et de temps ne temps, elle envoyait un peu d’argent à son père afin qu’il puisse survivre et surtout, surtout, que son petit frère puisse poursuivre ses études. Elle y tenait particulièrement.

Bien que j’ai souvent vu, de mes propres yeux, qu’elle faisait parfois l’objet de regards haineux, xénophobes, elle gardait néanmoins le sourire et se contentait de baisser la tête pour ne pas trop se faire remarquer. » Surtout ne pas se faire remarquer, être invisible ! » disait-elle toujours

Avec son compagnon, c’était toujours l’amour fou. Ils s’aimaient passionnément et il y avait désormais quelque chose de nouveau sans sa vie. Quelques mois plus tôt, Sara avait donné naissance à une petite fille magnifique. Une petite fille qui était à l’image de sa mère, sauf au niveau de ses yeux – très clairs – qu’elle avait hérité de son père. La petite Claire vint au monde au mois de Juin.

Et c’est peut-être à ce moment que quelque chose changea dans le regard de Sara. Bien que c’était la fille la plus forte qu’il ne m’ait jamais été donné de connaître, je voyais bien cette profonde tristesse qui se reflétait dans son regard à chaque fois qu’elle contemplait des familles riant aux éclats, des familles heureuses faisant des courses… Elle ne l’aurait jamais avoué, mais je sais qu’elle aurait aussi voulu que sa famille profite de ce bonheur. Elle se sentait coupable d’être une migrante sans papier, de ne pas tenir la main de Tom en pleine rue et de se promener librement, par peur d’un contrôle de police inopiné…

Et puis survint le drame.

Un jour elle reçut l’appel d’Adam, son petit frère, l’informant du décès de son père. Ce père qui avait tant d’affections pour elle, qui avait tant aimée. Je ne peux imaginer sa tristesse… Elle se rappella sans doute du regard tendre de ce dernier malgré la fatigue au retour du champs, ce père qui se privait souvent de manger pour que ses enfants puissent le faire, ce père qui n’avait point eu de nouvelles relations amoureuses … Elle s’est sans doute rappellé de la tristesse de ce brave homme lors de son départ, le vieil homme était persuadé qu’il ne la reverrait plus de son vivant ; Elle s’est peut-être rappellé des prières du brave homme pour que sa petite fille puisse connaître un destin meilleur que le sien.

Que Faire ? Rien à part faire ce qu’elle n’avait pas fait depuis bien longtemps. Pleureur, oui pleurer toutes les larmes de son corps.

C’est à ce moment où elle m’a demandé si je croyais possible que sa situation administrative puisse s’arranger, car elle voulait voyager pour pouvoir assister à l’enterrement. Et voyager sans titre de séjour, c’était un aller simple. Et Adieu Tom, Claire, ses amis, ses proches. A jamais, car si elle partait de cette manière, elle serait fichée. Aussi fallait-il qu’elle voyage en ayant un titre de séjour… Quand elle m’informa que son père était mort, et qu’elle voulait savoir s’il était possible de faire quelque chose je ne sais pourquoi je lui répondis par l’affirmative. Sans doute parce que je me disais bêtement qu’elle avait passé un nombre d’années suffisant et qu’elle avait un travail, une fille, un conjoint né ici. Mais ca marche pas comme ca. Nous l’apprîmes à nos dépens.

Ayant pris un rendez-vous avec les services de l’administration, nous nous rendîmes un Jeudi à la préfecture. Alors qu’on s’en rapprochait, nous vîmes des policiers anormalement nombreux devant les portes de la préfecture. Je me rappellerais toujours de ce moment.

Sara comprit bien avant moi.

 » S’ils savent que tu viens en aide à une étrangère en situation régulière, et que tu m’as même hébergé à un moment donné, tu auras des problèmes. Fais comme si tu ne me connaissais pas « 

Même lors de ce moment fatidique, elle eut encore une pensée à mon égard. Au moment ou Sara tourna ses talons, aussitôt des agents de police, qui nous avaient vu de loin, la sommèrent de s’arrêter. C’est à ce moment qu’elle lâcha mon bras qu’elle tenait fermement depuis qu’on s’était retrouvé à la place du marché, et qu’elle se mit à courir, poursuivie par une dizaine de policiers qui la sommaient de s’arrêter.

Après, tout s’est passé vite ! Très vite ! Je ne sais pas ce qui est arrivé par la suite, mais à ce qu’il semblerait, cernée de toutes part, elle aurait préféré sauter du pont plutôt que d’être attrapée et renvoyée dans son pays d’origine, et serait morte noyée. Rien qu’à l’idée d’y penser…

Mon dieu… Elle s’est vue mourir.

Je n’ose imaginer le désespoir qui s’est emparé d’elle quand elle a su, lors de ce moment ultime, qu’elle se débattait vainement, que ses membres s’engourdissaient et que ses poumons se remplissaient inexorablement de cette eau glacée… Ses dernières pensées ont-elles été pour sa fille ?

Depuis plusieurs nuits, je ne trouve plus le sommeil. Je ne mange plus. Je n’ai même plus goût à la vie. A la télévision, les autorités ont évoqué un « regrettable » fait divers. Un cas comme ça, après un débat où il était question des étrangers, de leurs coûts, de leur volonté de ne pas s’intégrer, et de leur indolence supposée.

Qu’ils aillent tous se faire foutre !

Sara n’était pas une étrangère ! Ce n’était pas un cas, un simple fait divers ou un coût, une statistique pour politiques voulant se faire élire. Elle était tellement plus ! C’était une sœur de cœur et en humanité, et je me sentais bien plus proche d’elle que nombre de mes congénères ayant la même couleur et la même nationalité que moi.

Elle me manque tellement. Elle nous manque tellement. Tom, ma petite Clarinette, je suis si désolée. Je vous demande pardon. Pardon mille fois !

Adieu Sara ; tu resteras à tous jamais dans nos cœurs… Adieu, ou plutôt à bientôt, là-haut ! »

Ainsi ai-je voulu m’exprimer de cette façon là, ce Dimanche, mais je ne l’ai pas fait. Pour quelle raison ? Je ne sais pas. Lâcheté, peur, honte, convenance sociale, et que sais-je encore ? Je ne saurais l’expliquer. J’ai juste lu le discours que j’avais rédigé dans ce petit bout de papier, et je suis allé me mettre aux côtés des autres après lui avoir adressé un ultime adieu et jeté une fleur sur son cercueil.

Elle s’appelait Sara et elle n’avait que vingt ans…et elle est morte bien trop tôt…

 

 

wilfried M

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Ce texte est une fiction rédigée par l’auteur de ce blog. Une fiction dont l’ambition était de s’inspirer de la vie de nombre de ces migrants et migrantes dont les cadavres échouent chaque jour sur les côtes européennes.

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Une vérité que nous devrions tous entendre


howard zinn

 

 » Trois ans avant les terribles événements du 11 septembre 2001, un ancien lieutenant-colonel de l’aviation américaine, Robert Bowman, qui avait mené cent une missions de combat au Vietnam avant de devenir évêque de l’Eglise catholique américaine, déclarait dans The national Catholic reporter, à propos des attentats à la bombe contre les ambassades américaines de Tanzanie et du Kenya : «  Nous ne sommes pas hais parce que nous pratiquons la démocratie, aimons la liberté ou défendons les droits de l’Homme. Nous sommes détestés parce que notre gouvernement refuse tout cela aux pays du tiers-monde dont les ressources naturelles sont convoitées par nos multinationales. Cette haine que nous avons semée est revenue nous hanter sous la forme du terrorisme. […] Au lieu d’envoyer nos fils et nos filles à travers le monde pour tuer des Arabes afin que nous puissions nous emparer du pétrole qui dort sous les sables de leurs déserts, nous devrions les y envoyer pour les aider à reconstruire leurs infrastructures, leur fournir de l’eau potable et nourrir leurs enfants affamés. […] En bref, nous devrions faire le bien au lieu du mal. Qui voudrait nous en empêcher ? Qui pourrait nous haïr pour cela ? Qui voudrait nous bombarder ? C’est cette vérité que le peuple américain devrait entendre » « 

Extrait d’ Une histoire populaire des Etats-unis, d’ Howard Zinn

[ LE SAVIEZ-VOUS ?] De Gaulle, La FRANCE et l’AFRIQUE


afrikaa

Le Général de Gaulle, qui a soutenu le régime de l’apartheid alors que celui-ci était condamné par la communauté internationale, a été l’ un des piliers de l’élaboration du réseau françafricain. Il ne s’en cachait d’ailleurs pas :
« Il importe qu’un pays comme le nôtre, la France, retrouve cette grandeur perdue, sous peine soit de ne jouer aucun rôle dans la scène internationale, soit d’y tenir celui de vassal de quelque superpuissance. […] Faute d’Empire, la République doit réunir autour d’elle et entretenir, même à grands frais, toute une clientèle d’États susceptibles d’épauler ses entreprises dans l’univers entier. »

Aujourd’hui, nombre de pays africains ne peuvent battre monnaie sans l’autorisation de la France ==> [  » Dans les trois banques centrales de la zone franc, des administrateurs français siègent aux Conseils d’Administration (CA). Dans les faits, la présence d’administrateurs français garantie par les statuts des banques centrales confère à la France un droit de veto lors de la prise de décision. Au CA de la BCC, 4 administrateurs sur 8 sont français alors que les décisions doivent être votées à la majorité. A la BCEAO seuls 2 administrateurs sur 16 sont français, mais l’unanimité est requise pour toute décision majeure (et notamment la modification des statuts). La situation est la même à la BEAC avec 3 administrateurs français sur 13. Le pouvoir de la France dans ces institutions est donc considérable et la présence de représentants français garantit la mise en œuvre de tous les principes centraux du système CFA. » ]

Aujourd’hui, en Afrique de l’Ouest, tous les ports de la côte appartiennent à… Bolloré !


Aujourd’hui, Alors qu’en France, une ampoule sur trois est éclairée grâce à l’uranium nigérien, au Niger, près de 90% de la population n’a pas accès à l’électricité. 61% de la population vit dans l’extrême pauvreté ; Moins de la moitié de la population (43%) a accès à l’eau potable ==> Pour plus d’infos ==> https://jeunecitoyen.wordpress.com/2014/07/30/le-veritable-et-effrayant-cout-de-lenergie-en-france/

Et tant d’autres exemples d’assujettissement….

Sources ==> Wikirouge (Franceafrique)
Survie.org/ Francafrique/colonialisme
https://jeunecitoyen.wordpress.com/2014/07/30/le-veritable-et-effrayant-cout-de-lenergie-en-france/

 

Tagué

Faut-il abolir la propriété privée ?


PARAISÓPOLIS
Maria Fernandes , une jeune américaine de 32 ans, est morte asphyxiée au monoxyde de carbone,après s’être endormie dans sa voiture.
Elle cumulait quatre emplois, non pas pour vivre, mais juste pour survivre. Pour le lieutenant Daniel Saulnier, interrogé sur le parking par le quotidien de Newark The Star Ledger, la jeune femme décédée semble « avoir lutté désespérément pour joindre les deux bouts, en travaillant d’arrache-pied, pour finalement mourir dans ce tragique accident« .
D’après le département du travail des Etats-unis, près de 7,5 millions de personnes (ayant perdu pour la plupart leur boulot en 2008), à l’instar de Maria Fernandes, cumulent plusieurs boulots ne serait-ce que pour survivre [ 1] 
Puisque dans ce monde, pour nombre de nos politiques et « pseudo-experts » gagnant des milliers d’euros, les chiffres importent plus que les vies humaines, il faudra juste rappeler à ces bons messieurs que Maria est morte dans un pays où les plus riches se sont enrichis davantage après la crise.
ELLE EST MORTE DANS UN PAYS [Aux USA] où  Les 20 % des ménages les plus pauvres ne détiennent que 3,2 % du revenu national aux Etats-Unis, tandis que les 20 % les plus riches en perçoivent 51 %. Depuis 2010, Les inégalités de revenus sont repartis à la hausse outre-Atlantique. la part du revenu national détenue par les plus pauvres tend à diminuer légèrement, tandis que celle des 5 % les plus riches augmente. [2]
 ELLE EST MORTE DANS UN MONDE où 67 personnes possèdent autant de richesse que la moitié la plus pauvre de la population mondiale [2]

 ELLE EST MORTE DANS UN MONDE où moins de 10 % de la population mondiale détient 83 % du patrimoine mondial, alors que 3 % vont à 70 % des habitants. [ L’Amérique du Nord et l’Europe en possèdent 65 %. Les 10 % les plus riches du monde détiennent 86 % de la richesse mondiale alors que la moitié de la population mondiale ne dispose que de 0,5 % de cette richesse. Tout en haut de l’échelle, les ultra-fortunés qui ne représentent qu’une petite frange de 0,7 % de la population, détiennent plus de 41 % du patrimoine mondial – soit 31,7 millions d’adultes, dont 30,3 millions ont un patrimoine compris entre 1 et 50 millions de dollars et 98 663 personnes dont la fortune est supérieure à 50 millions de dollars. A l’opposé, les 50 % des individus les moins fortunés détiennent à peine 1 % du patrimoine mondial. En réalité, près de la moitié des habitants de la planète ne possèdent tout simplement quasiment rien, ou des biens de valeur monétaire presque nulle : un habitat de fortune, quelques têtes de bétail, une voiture ancienne… [3] ] 

Est-il besoin de rappeler la situation française où tant de travailleurs pauvres n’arrivent point à se loger… Où des SDF meurent comme des mouches ?
Au moins 1,2 million de ménages pauvres sont en liste d’attente pour être logés en HLM alors qu’il y a en France 2.2 millions de logements vacants… [ Petit rappel : En Europe, il y a trois fois plus de logements vacants ( 11 MILLIONS ! ) que de SDF ( 4,1 MILLIONS) ]
En France (oui, dans ce beau pays), 10% de la population détient 46% du patrimoine ( soit près de la moitié ) tandis que l’autre moitié (50%) de la population détient moins de 7%. En France, il y a 10 % les plus riches qui possèdent 46 % de la fortune nationale alors que, selon l’INSEE, près de 7,9 millions de personnes vivaient en 2006 en dessous du seuil de pauvreté…
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Aujourd’hui, des femmes et des enfants meurent de faim. Des personnes âgées se font expulser de leurs logements, parfois se suicident pour ne pas retrouver dans la rue. Des sans-abris meurent tous les jours. Des millions de gens, du Nord comme du Sud, vivent dans une indigence extrême. Alors que le monde n’a jamais été si riche, alors que nous vivons précisément dans un monde d’abondance (à tel point qu’on gaspille des denrées alimentaires, etc.) des gens crèvent littéralement.
Pourquoi donc ? Pourquoi une telle souffrance ? Pourquoi le malheureux crèvent, bouche ouverte et langue pendante ? Parce que la propriété privée est le droit le plus important. Parce que la propriété privée (droit sacré, constitutionnel !)  importe plus que le droit à l’existence

Réquisitionner des logements vacants ( En Europe, il y a 4,5 millions de sans-abris et 11 millions de logements vacants), c’est une atteinte à la propriété. Si en période de crise, alors que des gueux meurent à sa porte, l’agioteur garde dans son grenier des denrées alimentaires en espérant que les prix grimpent, il est dans son bon droit.

C’est donc que le droit qu’on pourrait estimer le plus fondamental, le droit à l’existence, est un droit inférieur à celui de propriété. Sinon, pourquoi laisser crever des millions de gens alors que nous disposons des ressources nécessaires [Mais vraiment plus qu’il n’en faut !] pour tous les nourrir ? C’est que les nourrir, redistribuer des richesses, donner des médicaments n’est pas conforme aux intérêts de certaines entités privées.

 

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Au XIXème siècle, Un célèbre philosophe (Karl Marx) disait déjà :  »    » Vous êtes saisis d’horreur parce que nous voulons abolir la propriété privée. Mais, dans votre société, la propriété privée est abolie pour les neuf dixièmes de ses membres. C’est précisément parce qu’elle n’existe pas pour ces neuf dixièmes qu’elle existe pour vous. Vous nous reprochez donc de vouloir abolir une forme de propriété qui ne peut se constituer qu’à la condition de priver l’immense majorité de la société de toute propriété.
En un mot, vous nous accusez de vouloir abolir votre propriété à vous. En vérité, c’est bien là notre intention. « 
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[2] http://www.lefigaro.fr/argent/2014/04/09/05010-20140409ARTFIG00331-67-personnes-detiennent-la-richesse-de-la-moitie-du-globe.php
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Un très beau discours du président José Mujica [ Pas vu à la télé ]


josé mujicaa

 

[ Mardi 24 septembre 2013 / Résumé de sa déclaration à l’ONU ]

 » Le Président de l’Uruguay a dit son souci pour la sauvegarde des cultures originelles écrasées, avant de fustiger le blocus injuste dont est victime Cuba. Il a regretté que les dieux immatériels aient été remplacés par les dieux du marché qui nous donnent l’apparence du bonheur. M. Mujica a fustigé la civilisation du gaspillage et de la consommation en précisant que si tous les êtres vivants consommaient autant que les Américains, il nous faudrait trois planètes pour répondre à nos besoins.

Il est temps aujourd’hui de se battre pour préparer un monde sans frontières a-t-il dit en ajoutant que l’économie globalisée n’a d’autres soucis que de servir les intérêts privés de quelques-uns. Le monde a besoin de clamer et réclamer des règles mondiales qui respectent la vie plutôt que les choses matérielles, a-t-il insisté. Il a appelé à châtier le gaspillage et les spéculations et à encourager la lutte contre la pauvreté. « Notre monde a besoin de moins d’organismes mondiaux, de moins de forums et de moins de conférences qui n’aboutissent à rien », s’est-il impatienté. Nous devons faire appel au monde de la science qui aide l’humanité, a-t-il dit en appelant à une réglementation planétaire capable de sauver l’environnement.

Les guerres et les conflits se poursuivront jusqu’à ce que la nature nous rappelle à l’ordre et que la civilisation soit sur le point de mourir. La crise écologique planétaire est la conséquence du triomphe de l’ambition humaine et de l’égoïsme. Illustrant l’évolution effrénée de la consommation, le Président uruguayen a dit que le PIB mondial a été multiplié par 20 au cours du siècle dernier, alors que la population n’a été multipliée que par 4. Avec une croissance de 12% par an, l’activité commerciale double tous les six ans, a-t-il encore dit en estimant que nous n’avons pas l’intelligence collective nécessaire pour transformer notre société en une société durable.

« Chaque minute, le monde gaspille 2 millions de dollars en armement », a déclaré le Président de l’Uruguay, alors que les moyens consacrés à la santé et à la médecine sont insuffisants. Il a cité les institutions mondiales qui végètent à l’ombre des désaccords des grandes nations qui ne souhaitent que maintenir leur part de pouvoir. Il a appelé à un gouvernement mondial tourné vers la science et non vers les intérêts à court terme. Nos mourrons si nous ne sommes pas capables de comprendre ce qui nous attend, a prédit le Président de l’Uruguay, avant d’ajouter que le devoir biologique de l’humanité est de respecter notre vie qui est un miracle. « 

 

SOURCE ==> http://www.un.org/fr/ga/68/meetings/gadebate/24sep/uruguay.shtml

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