Avouez-le : Tous ces étrangers ne sont que des barbares

Jean marie le pen zemm

 

 

 

Depuis quelques décennies, il ne se passe pas un jour sans que le système médiatique [ et bien d’autres composantes du capitalo-parlementarisme occidental] rappelle au bon souvenir de personnes issues de minorités « dites ethniques et religieuses » combien elles sont néfastes. Il ne se passe pas un jour sans que le système médiatique rappelle à leur bon souvenir combien elles sont « différentes » (sens péjoratif), « indésirables », « problématiques », « potentiellement vils via la délinquance ou le terrorisme » etc.

Est-il besoin de rappeler les innombrables Unes sur l’islam, l’immigration, les étrangers ? Est-il besoin de rappeler les innombrables « dérapages » quotidiens de la part des hommes politiques censés représenter toute la communauté nationale ? Est-il besoin de rappeler les innombrables « dérapages » de ces Hommes politiques censés respecter les valeurs républicaines (LOL ! )et qui violent les lois de la République (affaires, corruptions, etc.) ?

Combien de fois n’ai-je pas entendu certain/e/s de mes ami/e/s m’avouer qu’ils ou elles en étaient venus à ne plus visionner la télé ? Nous en sommes tous venus à considérer cela comme l’état normal des choses.

Cette hostilité – structurelle – à l’encontre des étrangers [et/ou présumés comme tels ], qui atteint toujours son acmé en période de crise, est en lien direct avec le système capitaliste présent [concurrence féroce entre agents économiques, « guerre de tous contre tous », chômeurs contre travailleurs, jeunes contre vieux, travailleurs du public contre travailleurs du privé, étrangers contre autochtones etc].

Alors que la colonisation a imposé (par le fouet, les massacres, etc.) une culture « capitalo-occidentale » et a fait des « étrangers » quasiment des clones [consommation, mêmes goûts, institutions similaires etc.],

alors que l’Etat-nation a tout fait – dès sa constitution – pour uniformiser les individus (d’ici et d’ailleurs, via l’éducation et autres institutions idéologiques de L’Etat), atomiser la société en opprimant parfois les minorités nationales, en détruisant les identités -pour le coup véritables – de la contrée au profit d’une pseudo-identité nationale d’origine étatique (Y a-t-il encore beaucoup de gens qui parlent l’occitan, le basque, et autres langues régionales etc.)

Alors que l’occidentalisation suit son cours, que le capitalisme a homogénéisé les populations (il faut bien que les travailleurs-consommateurs aient des goûts similaires, des critères d’appréciation similaires, qu’il y ait des salariés et des grands patrons etc.),

alors qu’on sait que dans bon nombre de pays, anciennement colonisés (ou non ) les langues officielles sont occidentales (90% des langues vont mourir dans un siècle. A votre avis, au profit de quelles langues?), 

alors que nous regardons tous les mêmes chaînes TV, que nous vibrons tous pour les mêmes équipes de Basket (ou de foot), alors que nous avons tous des nièces parfois issues de mariages mixtes, que nous sommes de plus en plus liés, alors que nous sommes tous soumis aux influences des mêmes media, d’Hollywood et tant d’autres exemples de processus d’uniformisation du monde pour les besoins du marché etc.

C’est donc à ce moment précis, où les individus se ressemblent de plus en plus (contrairement aux siècles précédents), où les exploités ont les mêmes intérêts et doivent se coaliser pour peser davantage que certains viennent nous dire :  » Oui, mais vous comprenez, ils sont très différents. Occupons-nous d’abord de « nos pauvres » et aidons les exploiteurs locaux » 

Que faut-il donc en déduire les amis ?

QUE malgré cette assimilation (via la colonisation) par le fouet, malgré ce clonage intensif, l’étranger aujourd’hui [ou perçu comme tel !] garde toujours les attributs du « barbare » d’antan.

QUE L’étranger est malheureusement toujours similaire en bien des points au barbare « antique » [En effet, et vous en êtes certainement au fait, les grecs et les romains désignaient tous les autres peuples – non civilisés pour les Grecs et Romains – comme des peuples barbares.]

Que l’étranger [ou perçu comme tel bien qu’il ait la « bonne » nationalité] est un « barbare »[DE FAIT !]. « Barbare » à la sauce athénienne, mais aussi par extension (barbarie = sauvagerie, absence de civilisation, inhumanité etc.)

Contrairement à ce qu’on pourrait penser, ou à ce qu’on voudrait nous faire croire, il en est toujours de même dans le régime capitalo-parlementaire occidental (pays des droits de l’Homme, n’est-ce pas ?), à la seule exception que les citoyens-esclavagistes athéniens ou romains de l’Antiquité n’en appelaient pas hypocritement à l’universalité contrairement à ceux qui nous dirigent depuis quelques décennies.

Nos gouvernants ne cessent d’en appeler continuellement à l’universalité, par-delà les frontières [Les fameux droits de l’Homme – s’adressant à tous les humains- qui justifient parfois les guerres impériales même si l’on sait qu’il n’en est parfois rien, ce qui importe ce sont les gros sous], mais nient cette universalité aux pauvres d’ici ! Allez comprendre ! [Cf Valls et les Roms ( en tant que communauté ) qui ont « vocation » à déguerpir, qui ne peuvent et sont incapables de s’intégrer etc.]

Une hypocrisie d’ailleurs que ces fameuses chartes [bourgeoises] des droits de l’Homme ! [Soit dit en passant, lorsque la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen a été instituée, son universalisme ne concernait aucunement les juifs, les femmes, les noirs [L’esclavage ne fut supprimé que sous la convention nationale – lors de la terreur ! – et rétabli par le tyran Napoléon ]. D’ailleurs, sitôt que la déclaration fut proclamée, s’institua quelques temps après une distinction entre les citoyens passifs et les citoyens actifs. Distinction en fonction de la fortune.]

La République actuelle – par ses représentants et ses structures – dit ne pas reconnaître de communautés ethnico-religieuses [en disant ne reconnaître que des individus-citoyens], mais ne cesse d’assigner des individus précis – plutôt bronzés ou d’une religion particulière – à telle identité singulière [potentiellement dangereuse- et utile ! – pour la stabilité du régime.]

C’est que le « barbare »-étranger sert les tenants de l’ordre social dominant, sert les intérêts de la prêtraille de l’économie de marché actuelle. La figure du « barbare » permet de ne pas poser la problématique du capitalisme EN SOI. En effet, si tout va mal, s’il y a la crise, c’est nécessairement à cause de l’Autre, à cause de la finance « cosmopolite » ( et non de la finance de chez nous !) , du barbare (qui soit vient voler notre boulot, soit vient profiter des allocs, etc. )

Sitôt que le barbare-démon aura disparu, ce sera le Paradis sur terre. C’en est cosmique. Sitôt que Lucifer sera supprimé par les anges [plutôt blonds aux yeux bleus], on verra l’établissement ou le rétablissement du Paradis. Comme vous le savez très certainement, le leitmotiv des fachos c’est : « C’était tellement mieux avant ». Il convient donc de faire en sorte, par tous les moyens, que le jardin d’Eden soit rétabli.

Que le « barbare-démon » paie aussi des impôts, qu’il subisse aussi les politiques publiques, qu’il soit notre semblable, qu’il ne soit rien sinon un autre « MOI », n’est pas le problème. Le problème, c’est qu’il est le diable, qu’il en a même la couleur (un fait amusant => dans l’iconographie biblique, Dieu est souvent représenté en vieil homme [il ne saurait être femme !] de type européen aux yeux bleus, Jésus et les anges sont blancs tandis que les démons et le diables sont plutôt « bronzés »), qu’il diffère de nous même s’il est né dans notre pays, même s’il a parfois des ascendants originaires d’ici depuis des générations, etc.

Les chiens de garde nationalistes à l’instar de Zemmour et Cie nous disent qu’ils n’est pas question de couleur de peau, mais plutôt de culture, d’intégration.

Foutaises ! Du fait du capitalisme, de la colonisation, de l’occidentalisation, de l’uniformisation culturelle du monde, les gens se ressemblent de plus en plus. Dans bon nombre de pays anciennement colonisés (d’où viennent les étrangers-barbares à problème), la langue officielle est souvent une langue occidentale. Les rues, les avenues, les écoles, les enfants, les quartiers etc. portent des noms aux consonances occidentales. Le régime institutionnel : L’État-nation (création occidentale). Les produits consommés sont des produits occidentaux etc. Domination et uniformisation totale donc, à tous les niveaux. Ces « barbares » qui sont nés ici ou ailleurs sont donc [de fait] culturellement français, culturellement occidentaux!

Zébulon (et Cie) ne veut juste pas avouer qu’il a une idéologie raciste et « racialiste »

Alors vous nous poseriez certainement cette question ==> «  Mais pourquoi sont-ils pleinement « barbares »maintenant ? En quoi le capitalisme est-il responsable ? »

C’est que dans l’économie de marché actuelle, ce n’est pas l’ETRE en soi qui est constitutif de « l’Humanité » mais plutôt l’AVOIR, tout comme sous la période révolutionnaire la citoyenneté EFFECTIVE se mesurait à l’aune de la fortune.

L’humain (l’essentiel à l’origine) qui a créé l’argent (chose créée et donc inessentiel à l’origine) est devenu l’inessentiel face à l’argent qui est devenu l’essentiel. Par je ne sais quel prodige, c’est l’argent [désormais essentiel] qui déterminera l’individu [désormais inessentiel]

C’est normalement le SUJET qui détermine, qui pare d’attributs l’OBJET. Sous l’ère capitaliste, c’est l’OBJET-argent qui parera de vertus et déterminera le SUJET.

C’est parce que certains étrangers ne disposent pas de revenus assez conséquents qu’ils ont gardé les attributs du barbare.

Aujourd’hui, on constate que les groupes les plus déconsidérés sont précisément les groupes « ethnico-sociaux » pauvres, et que les individus issus de ces groupes sont toujours comptables des délits commis par les agissements d’autres individus-délinquants. Ils sont parfois sommés de s’excuser ! [La fameuse affaire « not in my name » par rapport à Daesh]. Alors que nous sommes dans une République qui dit ne pas reconnaître des communautés, mais plutôt des individus-citoyens.

Le fait qu’il existe des personnes de type européen tueurs en série ou violeurs ne nous amènera jamais à nous demander si les « blancs » sont des potentiels délinquants, etc. Mais sous l’ère capitaliste actuelle, cette question se pose pour les individus issus de « minorités ethnico-religieuses » défavorisées. Cette question se pose pour les individus issus de l’Afrique du Nord mais très peu pour les très riches saoudiens.

C’est donc bien que selon que vous être pauvres ou riches, ce qui fait votre singularité -humaine- sera reconnu ou non. C’est donc bien que selon que vous êtes pauvres ou riches, votre humanité sera reconnue ou non. En somme, ce n’est guère étonnant sous l’ère capitaliste, car sous régime bourgeois, le droit de propriété [sacralisé, constitutionnel !] importe plus que le droit à l’existence. Raison pour laquelle des gens meurent de faim chaque jours alors que le monde n’a jamais été aussi riche, alors qu’il y a du gaspillage. Raison pour laquelle il y a 4,5 millions de sans-abris qui meurent à petit feu alors qu’il y a 11 millions de logements vacants. Raisons pour laquelle des gens meurent du sida dans certaines contrées très pauvres alors qu’il y a des médicaments. Réquisitionner un logement, c’est une atteinte à la propriété. Qu’un individu meure de faim, c’est peut-être regrettable, mais pas aussi gravissime qu’une atteinte à la propriété privée des plus fortunés !

C’est parce que le « barbare » n’est pas humain ( du moins, pas comme nous) qu’on peut l’insulter tous les jours. C’est parce que le barbare est potentiellement vil qu’on peut détourner les yeux de la multitude sur l’accaparement des richesses (67 personnes détiennent autant de richesses que la moitié la plus pauvre de la planète !!!!) en invoquant le danger MAJEUR que représente « l’étranger » pour la société. C’est parce que l’étranger-barbare est soit un concurrent [rivalité économique, guerre de tous contre tous], soit un « boulet » économique [du moins perçu comme tel car il profite des allocs, etc.] qu’il nous apparaît d’autant plus désagréable. L’étranger n’est donc pas jugé en fonction de son être-même, de ses qualités intrinsèques, mais en fonction de son utilité économique, de sa potentielle dangerosité pour nos avoirs.

Et c’est la raison pour laquelle certaines classes possédantes –via leurs organes de presse, les liens avec le pouvoir d’État etc.- et leurs chiens de garde n’auront de cesse d’utiliser la figure de l’ « étranger-barbare » car celle-ci est garante de la stabilité du régime capitaliste. La coalition des exploités est un danger mortel pour l’ordre social dominant ! Raison pour laquelle il importe de traiter l’étranger [ou l’individu perçu ainsi] comme un barbare.

Le tour de force majeur d’un processus de domination n’est pas tant le fait de permettre à un groupe de dominer un autre groupe. Non, le tour de force d’un processus de domination, c’est de faire – toujours !- en sorte que les dominés en viennent à intérioriser leur situation de dominés. Qu’ils en viennent à croire qu’ils sont nés pour être dominés, que les intérêts des dominants sont les leurs etc.

Il y avait des esclaves qui ne se révoltaient pas car ils pensaient très sincèrement qu’ils étaient faits pour être esclaves, et qu’ils se devaient de protéger – au péril de leur vie – la maisonnée du maître-tortionnaire. Il y avait des femmes qui pensaient très sincèrement qu’il était dans l’ordre des choses que les hommes puissent dominer (D’ailleurs, c’est encore le cas aujourd’hui, ici comme ailleurs). Il y a des chômeurs ou des travailleurs précaires qui pensent – très sincèrement – que l’immense majorité des chômeurs ne se résume qu’à une bande de fainéants. Au XIXème siècle, un célèbre philosophe (Karl Marx) disait déjà : «  À toute époque, les idées de la classe dominante sont les idées dominantes ; autrement dit, la classe qui est la puissance matérielle dominante de la société est en même temps la puissance spirituelle dominante. »

Par conséquent, est-il vraiment étonnant que certains « étrangers-barbares » aient intériorisé le fait d’être « différents», « communautaires» etc ?

On les enferme dans des ghettos sociaux (et psychiques !), on les pointe du doigt continuellement et ainsi on permet par là-même la permanence de leur identité.

Sitôt que ces personnes se trouvent dans l’obligation de ne construire des liens qu’avec les leurs (ou perçus comme tels), du fait encore une fois de l’hostilité médiatique, de l’hostilité d’État (contrôle au faciès à de multiples reprises, police partout et justice nulle part etc.), ils sont accusés de communautarisme; Mais qui donc les y contraint à l’origine ?

Certains (une petite minorité) vont plus loin et se renferment davantage, se coupent du monde et adhèrent à des groupes religieux sectaires car ils ne n’arrivent pas à se projeter dans cette société consumériste où l’Humain n’est qu’une marchandise, où l’AVOIR importe plus que l’ETRE, où ils ne pourront pas s’en sortir financièrement parlant etc. Mais c’est précisément parce qu’ils se coupent, s’enferment, usent de codes particuliers qu’ils correspondent à l’image que la multitude se fait d’eux. Cercle vicieux.

Les autres « étrangers-barbares » qui s’en sortent, qui s’en émancipent, ne parviennent à s’émanciper que parce qu’ils ont adopté la pensée de l’ordre social dominant, les comportements conformes à cet ordre. Ils sont « intégrés ». Mais Intégrés à quoi ? Assimilés à quoi ?

Ils ne sont pas assimilés aux véritables identités locales (bretonnes, basques etc.) Point du tout ! Ils tentent de se fondre dans une pseudo-identité nationale (d’origine étatique !) qu’ils seraient d’ailleurs incapables de définir eux-mêmes.

Qui le pourrait d’ailleurs ? 

Une Identité n’étant d’ailleurs jamais statique mais toujours en perpétuel devenir. Et d’ailleurs, quant bien même ils seraient assimilés (ayant mis en œuvre jusqu’à l’impossible pour l’être), ils demeurent -aux yeux de la multitude- comptables des agissements des autres « étrangers-barbares ».

 

Alors, nous souhaitons vous faire la proposition suivante :

Nous vous demandons désormais de qualifier les étrangers comme des êtres barbares. En les qualifiant ainsi, nous disons la vérité. Nous ne faisons que retranscrire la réalité. Mais par-là même, nous nous soignons car nous reconnaissons que nous sommes en quelque sorte également « barbares » car comme disait le grand ethnologue Levi-Strauss : «  Est barbare celui qui croit à la barbarie ».

En reconnaissant que les étrangers sont des barbares pour nous, nous comprenons que nous nous comportons avec eux (via la collectivité, l’Etat et ses mesures, les media etc.) comme s’ils étaient des barbares, et que nous employons « la barbarie » pour mettre au pas les supposés-barbares (dangers potentiels pour la République des Riches etc.)

C’est donc en essayant de changer cet état de fait, en essayant de faire en sorte qu’ils ne soient plus des barbares (comme ils le sont de fait) mais nos semblables, que nous nous émanciperons nous-même de notre barbarie. Et cela passe avant tout par une révision des pratiques collectives et politiques, par un changement drastique quant à la manière d’appréhender la citoyenneté, par un internationalisme sincère car plutôt qu’imposer une culture particulière, il faudrait un dialogue des cultures d’égal à égal car c’est en reconnaissant la singularité et l’originalité culturelles d’Autrui qu’on reconnaît son Humanité et la nôtre.

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Une réflexion sur “Avouez-le : Tous ces étrangers ne sont que des barbares

  1. Lucie Sainte-Croix Ferrand dit :

    Eh oui j’ai pris le temps de vous lire ce matin, un très bel article ! Nous sommes tous frères et la diversité est un enrichissement pour la France.

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