Un discours très célèbre tiré d’une chronique de Karl Marx

Marx Karl

[ Tiré d’une chronique de Karl Marx ]

Discours prononcé par un homme politique anglais en 1852, et qui a provoqué un tonnerre d’applaudissements.

L’extrait de la chronique de Marx :

[Il y eut une élection à Halifax [en 1852]. S’y opposaient les candidats que voici :  » Edwards (tory); Sir Charles Wood ( ancien ministre des finances des Whigs, beau-frère du Comte grey); Frank Grossley (Manchesterien), et enfin Ernest Jones, le plus énergique, le plus conséquent, et le plus doué représentant du Chartisme.

Grossley, L’Homme de Manchester était l’allié des Whigs. La vraie bataille se livra donc entre Wood et Jones, entre le Whig et le Chartiste. (…) Comme vous ne trouverez dans aucun des grands journaux londoniens de la Classe dirigeante le discours D’E. Jones, j’en donne ci-après un extrait substantiel :

Accueilli avec un immense enthousiasme, E jones dit :

« Électeurs et non-électeurs, vous vous êtes réunis pour célébrer un grand et solennel événement. La constitution reconnaît aujourd’hui le suffrage universel en théorie, pour le renier peut-être demain en pratique. Aujourd’hui, vous avez devant vous les représentants de deux systèmes, et vous avez à décider suivant quel système vous serez gouverné dans les sept années à venir. Sept années – la vie d’un enfant ! Au seuil de ces sept années, je vous demande de réfléchir : aujourd’hui, laissez-les passer en revue devant vous, lentement et calmement. Vous allez décidé aujourd’hui, vous qui êtes 20 000 hommes, pour que 500 hommes [Une des bizarreries du système électoral Anglais de l’époque ] puissent désormais passer outre à votre volonté (Très bien ! Bravo !)

Vous avez devant vous les représentants de deux systèmes. Whigs, Tories et marchands d’argent sont à ma gauche, c’est vrai, mais ils ne font qu’UN. Le marchand d’argent dit, achetez bon marché et vendez cher. Le tory dit, achetez cher et vendez encore plus cher. Pour le travailleur, les deux ne font qu’un. Mais le premier système est en train de l’emporter, et ce qui le ronge en profondeur, c’est le paupérisme.

Ce système est fondé sur la concurrence avec l’étranger. Or, j’affirme que le principe d’acheter bon marché et de vendre cher, appliqué à la concurrence avec l’étranger, précipite la ruine de la classe ouvrière et du petit commerce. Pourquoi ? Le travail est créateur de toute la richesse. Avant que le moindre grain ne pousse, avant qu’un fil ne soit tissé, il faut que l’Homme ait travaillé. Mais dans ce pays, le travailleur n’est pas maitre de son emploi. Le travail est une marchandise louée, une chose qui se vend et s’achète au marché. Comme le travail est à l’origine de toute richesse, c’est la première chose qui s’achète. _« Achetez à bas prix ! achetez à bas prix ! » la main d’oeuvre s’achète le meilleur marché possible. Mais cela continue : « Vendez cher ! Vendez cher !» Vendre quoi ? Le produit du travail. A qui ? À l’étranger. Mais oui ! Et au travailleur lui-même, car n’étant pas son propre employeur, l’ouvrier n’est pas partie prenante au premier fruit de son labeur.

« Achetez bon marché, vendez cher. » Que dites-vous de ce conseil ? Achetez le travail de l’ouvrier bon marché, et vendez cher à ce même ouvrier le produit de son propre travail. Le principe de la perte est dans la nature de ce marché. L’employeur achète la main-d’oeuvre à bon marché – il vend et il lui faut faire profit sur la vente; il vend à l’ouvrier-lui même – , par conséquent, chaque transaction entre employeur et employé est une fraude délibérée de la part de l’employeur. Ainsi, le travail doit s’avilir en permanence pour que le capital croisse en pratiquant la fraude continuelle. Mais le système ne s’arrête pas là.

Il doit être étendu à la concurrence avec l’étranger – ce qui signifie que nous devons ruiner le commerce d’autres pays, comme nous avons ruiné le travail dans le notre. Comment cela se passe t-il ? Le pays où les impôts sont élevés doit vendre meilleur marché que celui où les impôts sont faibles. La concurrence de l’étranger croit sans cesse – le bon marché doit donc augmenter tout aussi continuellement. Par conséquent, les salaires doivent baisser en Angleterre continuellement. Et comment s’opère la baisse ? Par l’excédent de travail . Comment obtient -on l’excédent de travail ? Par le monopole de la terre; qui jette dans les usines plus d’ouvriers que nécessaire. Par le monopole des machines qui jette ces ouvriers sur le pavé. Par le travail des femmes, qui chasse l’Homme de la navette. Par le travail des enfants, qui chasse la femme du métier à tisser. Puis, le pied posé sur ce fondement vivant des ouvriers en surnombre, ils piétinent leurs cœurs torturés en criant : « vous allez crever de faim ! Qui veut du travail ? La moitié d’un pain vaut mieux que pas de pain du tout » et la Foule qui souffre, saisit avidement toute offre.

(« cri puissants : « oui, très juste! » ) voilà le traitement infligé à l’ouvrier.
Mais comment cela réagit-il sur vous, électeurs ? Quelle est le contre-coup sur le commerce intérieur, sur le boutiquier, sur la taxe des pauvres et sur les impôts ?

Tout augmentation de la concurrence étrangère doit être compensé par une baisse grandissante dans le pays même. Plus le travail baisse de prix, plus l’excédent de travailleurs augmente, et cet excédent est obtenu par l’emploi accru des machines. Encore une fois, comment cela réagit-il sur vous ? Le libéral Manchesterien, à ma gauche, fait breveter une nouvelle invention et jette sur le pavé 300 hommes en surnombre. Pour vous, commerçants, ces 300 clients en moins ! Contribuables, pour vous, c’est 300 pauvres en plus à votre charge ! (tonnerre d’applaudissements !)

Mais, notez bien, le mal ne s’arrête pas la ! Ces 300 hommes, ils font d’emblée baisser les salaires de ceux qui continuent à exercer leurs métiers. L’employeur leur dit :  » Maintenant, je réduis vos salaires; » Les hommes protestent. Puis il ajoute :  » Vous voyez ces 300 hommes qui viennent de quitter l’usine ! vous pouvez, si vous le désirez, changer de place avec eux, ils ne demandent qu’à rentrer à n’importe quelle conditions car ils meurent de faim. »

Les hommes s’en rendent compte, et ils sont comme anéantis. ô toi, Libéral de Manchester, pharisien de la politique ! ces hommes sont là pour écouter – t’ai je enfin démasquer ? Mais nous ne sommes pas encore au bout de nos peines. Chassés de leurs propres emplois, ces hommes cherchent à trouver une occupation ailleurs, où ils accroissent encore les ouvriers en surnombre et font baisser leurs salaires.

Les professions mal payés d’aujourd’hui étaient parmi les bien payés d’Hier, et celles qui sont bien payés aujourd’hui, seront parmi les mal payés de demain. C’est ainsi que le pouvoir d’achat des classes laborieuses est amoindri chaque jour, et conséquemment le commerce est ruiné. Rappelez-vous, vous qui tenez boutique ! Vos client deviennent plus pauvres, vos profits diminuent, alors que le nombre des indigents augmente en même temps que vos impôts et les taxes des pauvres. Vos revenus diminuent , vos frais augmentent.

Que pensez vous de ce système ? C’est sur vous que le riche industriel et le propriétaire foncier se débarrassent du fardeau des impôts et des taxes des pauvres. Vous, gens de la classe moyenne! vous êtes la machine à payer les impôts pour les riches. Ils créent la pauvreté qui crée leur richesse, et vous font payer cette pauvreté qu’ils ont crée. Le propriétaire foncier y échappe en vertu de ses privilèges, l’industriel en se dédommageant sur le salaire de ses ouvriers, et tout cela retombe sur vous.

Que pensez-vous de ce système ? Et bien, c’est le système que défendent les gens se trouvant à ma gauche. Quant à moi, qu’est ce que j’ai à vous proposer ? Je vous ai montré le mal. C’est déjà quelque chose. (…)

[ acclamations !]

(On ne saurait décrire l’enthousiasme provoqué par ce discours, surtout vers la fin. Ayant écouté avec une attention soutenue chacun des propos, la foule faisait entendre sa voix à chaque pause, tel le fracas d’une vague qui reflut, pleine d’exécration pour les représentants du Whiggisme et la domination de classe. Ce fut une scène dont on se souviendra longtemps. Lors du vote à main levée, seuls quelques individus, pour la plupart intimidés ou achetés, votèrent pour Sir Charles Woods. Presque tous les assistants, dans une allégresse et avec un enthousiasme indescriptibles, levèrent les deux mains pour Ernest Jones.) Le maire déclara déclara Mr. Ernest Jones et Mr. Henri Edward élus par le geste à main levée. Sir Charles Woods et Mr Croosley exigèrent alors le scrutin secret… ]

Source : les œuvres politiques (TOME 1) de Karl Marx, Bibliothèque de la Pléiade, NRF, éditions Gallimard.

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2 réflexions sur “Un discours très célèbre tiré d’une chronique de Karl Marx

  1. Bruno dit :

    Et que s’est-il passé après?

  2. marc bourbon dit :

    belle démonstration

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