LA PROSTITUTION ETUDIANTE… UNE SOLUTION ?

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La prostitution étudiante… une solution ?

Une enquête choc émanant du syndicat Sud-Étudiant révèle que 40 000 étudiants, essentiellement de sexe féminin, issus de tous milieux sociaux se prostitueraient régulièrement ou occasionnellement pour payer leur loyer, financer leurs études et obtenir de l’argent de poche. Selon l’Office central de la répression de la traite des êtres humains, « la prostitution étudiante est plutôt une activité individuelle et occasionnelle. C’est un phénomène très discret. » En effet, ces étudiantes éviteraient la rue où sévissent en général les réseaux de proxénètes et travailleraient dans les bars à hôtesse ou vendraient leurs charmes par internet (petites annonces, sites de rencontres classiques, photos érotiques, strip-tease). D’autres exerceraient le métier d’« escort-girl », ce terme désignant pudiquement une fille qui accompagne un homme pendant une soirée, contre rémunération. La « prestation » inclurait un rapport sexuel. Très peu de chercheurs ont travaillé sur la prostitution étudiante et leur nombre apparaît difficilement quantifiable. Néanmoins, le syndicat Sud-Étudiant (Castelain et Jacob, 2005) affirme « avoir des indices qui laissent penser que cette pratique augmente. La situation des étudiants s’est dégradée depuis quelques années. Ils travaillent davantage pour gagner de l’argent. Nous connaissons des filles qui en situation de forte précarité, ont dû vendre leur corps. » Propos d’ailleurs confirmés par l’OVE [41] : « Il faut dire que, depuis quelques années, nous constatons une tension croissante sur le pouvoir d’achat des étudiants. Avec la hausse des prix de l’immobilier, leurs dépenses de logement augmentent. Pas le montant des bourses. »

Face à certaines situations de très grande pauvreté, le dernier recours pourrait être la prostitution, activité cachée, rapide, bien rétribuée amenant de l’argent facilement : « En deux mois, j’avais mon argent de poche pour l’année. Ce que je n’aurais pas réussi à avoir en travaillant chez McDo. Je ne dis pas que c’est de l’argent facile, mais j’avais la fierté de l’avoir gagné sans voler personne » (Emma, ancienne étudiante à l’école de vétérinaire) (cf. Philibert, 2006).

Pour le Nord de la France, un article récent de Julien Lecuyer [42] montre que « certains étudiants de la métropole n’hésitent pas à choisir la prostitution en guise de petit boulot… Certains étudiants ont abandonné la chasse aux petits boulots et choisi l’option tapin. » Bernard Lemettre, président du Mouvement du Nid précise dans le même article que, « si les étudiants basculent, ce n’est pas seulement un problème d’argent, mais une vulnérabilité… Il n’y a pas de prostitution étudiante, il y a un système qui exploite des situations. » Cela est confirmé par la situation de Paul, qui prépare le concours de Sciences Po et poursuit des études en sciences humaines. Tout a basculé pour lui avec l’endettement de ses parents. Il avait deux solutions : soit arrêter les études ou alors travailler à la chaîne. Il a cherché du travail et n’a rien trouvé. Il ne pouvait pas non plus obtenir un prêt étudiant parce qu’il fallait un garant. Pour son inscription, il a demandé à la faculté de passer les chèques en trois fois, malheureusement, tout est passé en une seule. Son découvert a atteint 5 600 euros. Un ami l’a orienté vers un site allemand : « tu verras tu t’inscris, tu mens sur toi-même, et les clients viendront. Tu n’as qu’à mettre le même prix que les autres… Le premier rendez-vous, c’était dans un autre hôtel de Lille. J’avais peur qu’il me saute dessus. On a parlé un peu. Le type avait deux enfants. Il le faisait pour assouvir ses pulsions. Après ? On fait le vide, on oublie, on fait comme au théâtre… et on en ressort décomposé. Les 150 euros, je ne savais pas si je devais les prendre. Ils étaient dans une enveloppe. Elle est restée longtemps fermée… pendant deux semaines, je ne suis pas allé en cours. J’ai été porté l’argent à la banque. Le banquier m’a dit : c’est bien, il faut continuer. Je me suis dit : s’il savait. J’ai eu bientôt un ou deux clients par semaine. À 100 euros de l’heure, mon déficit a été comblé en deux mois. En deuxième année, j’ai eu droit à la bourse. Enfin, une partie : 150 euros par mois. Mais avec le logement, ça ne passait pas. J’ai continué, deux fois par mois jusqu’à l’âge de 20 ans » (Lecuyer, 2007).

La prostitution serait-elle ainsi une dérive malheureuse mais « logique » ? Comme nous venons de le voir, il est difficile pour les étudiants de concilier travail et études. Travailler et étudier, c’est la marque même des inégalités scolaires déplorées par certains sociologues depuis longtemps.

D’ailleurs, Pierre Bourdieu avait déjà souligné les inégalités scolaires, notamment à travers sa théorie de la reproduction. Mais les inégalités scolaires renvoient aussi aux inégalités de statuts des parents. Ainsi, en 6e notamment, les écarts de niveau sont probants entre catégories sociales : 14,6 points sur 100 entre les ouvriers et les cadres en français, 16,4 points en mathématiques. Aujourd’hui, on parle de l’égalité des chances mais on ne peut pas en dire autant pour tous, lorsque certains jeunes affirment : « j’ai commencé à devenir une pute à l’âge de 16 ans » (Lecuyer, 2007), et on peut préjuger des destinées scolaires de certains enfants [43] .

Cela est confirmé par les statistiques puisqu’en classes préparatoires, on trouve 54 % d’enfants issus de milieux favorisés. Nous pouvons constater que les inégalités sociales face à l’école sont encore vivaces. Les grandes écoles ont tendance à favoriser la reproduction des élites. L’augmentation des inégalités a pour conséquence de laisser de côté beaucoup d’enfants pauvres [44] . Il est évident que « l’insuffisance des ressources et parfois l’irrégularité des rentrées d’argent engendrent des situations de grande détresse sociale, physique (problèmes de santé non pris en charge car les revenus manquent pour se soigner) et psychiques (conduites adductives, accidents, suicides, hospitalisation pour troubles mentaux. Ce constat est partagé par les professionnels de la santé au travail et du social notamment les assistants sociaux » (Jovelin et Prieur, 2006). Aujourd’hui, beaucoup d’étudiants se trouvent dans cette situation de déchéance et, en même temps, cela remet en cause le fondement républicain de l’égalité des chances parce que de plus en plus d’étudiants partent avec un gros handicap, celui du capital économique, ajouté à la problématique du capital culturel. L’absence de revenus conduit les étudiants à exercer des petits boulots et amène certains d’entre eux à entrer dans une carrière prostitutionnelle.

SOURCE : http://www.cairn.info/revue-pensee-plurielle-2007-1-page-95.htm

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Une réflexion sur “LA PROSTITUTION ETUDIANTE… UNE SOLUTION ?

  1. Facil Odepot dit :

    une chose est sûr c’est qu’elles comprennent que leur avenir est important mais de là à devoir se prostituer c’est affligeant !!! messieurs les politiques il est tant de bouger avant que nous bougions vraiment et nous vous faisions en sorte de vous bouger pour l’avenir de nos enfants !!!!!
    sans parler des personnes qui se permettent de critiquer, de se plaindre, de pleurnicher ou d’ émettre de commentaires qui ne font que faire reculer les choses juste pour le confort, leur bien être et qui emmerde tout le monde sachant que sans eux le monde serait au mieux !!!! alors à bon entendeur !!!! fermez vos ………….

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