» Qu’est ce que les pauvres vont faire avec des congés ? C’est travailler qu’il leur faut. »

assistés chomeur

[ L’idée que les pauvres puissent avoir des loisirs a toujours choqué les riches. En Angleterre, au XIXe siècle, la journée de travail normal était de quinze heures pour les hommes, de douze heures pour les enfants, bien que ces derniers aient parfois travaillé quinze heures eux aussi. Quand des fâcheux, des empêcheurs de tourner en rond suggéraient que c’était peut-être trop, on leur répondait que le travail évitait aux adultes de sombrer dans l’ivrognerie et aux enfants de faire des bêtises. Dans mon enfance, peu après que les travailleurs des villes eurent acquis le droit de vote, un certain nombre de jours fériés furent établis en droit, au grand dam des classes supérieures. Je me rappelle avoir entendu une vieille duchesse qui disait :  » Qu’est ce que les pauvres vont faire avec des congés ? C’est travailler qu’il leur faut. » De nos jours, les gens sont moins francs, mais conservent les mêmes idées reçues, lesquelles sont en grande partie à l’origine de notre confusion dans le domaine économique ]

BERTRAND RUSSEL

 » Juin1936. La semaine tombe à quarante heures. Les maîtres de forges en Lorraine tonnent contre ce qu’ils baptisent «la loi de fainéantise sociale»: «Nos entreprises sont perdues. Comment relever le pays si nos ouvriers habitués à la tâche et fiers de l’accomplir travaillent deux fois moins? La France va à sa ruine. Et tous, nous pâtiront de ce luxe de paresse!» La chanson contre la réduction du temps de travail est une vieille rengaine. Au fil des siècles, les archives déclinent les mêmes arguments.

Nous sommes en 1848. La journée de travail du textile lyonnais vient de passer de quatorze à douze heures. Pour la chambre patronale des soieries, c’est la catastrophe. Elle adresse au préfet une supplique pour dénoncer la dangerosité et l’amoralisme de la nouvelle loi: «Nous attirons votre attention sur les graves conséquences qu’auraient à subir nos industries au cas où la loi venait à être appliquée. Vous le savez, la main-d’œuvre ici est exigeante et hors de prix. Avec quatorze heures, nous tenions à peine. Douze heures précipiteraient les faillites. Le travail, dans nos entreprises, a toujours commencé à quatre heures du matin, repos d’un quart d’heure à midi, repos final à dix-huit heures Les filles employées s’y livrent sans que leur santé n’en ait jamais été altérée et sans qu’elles ne se plaignent de leur sort par ailleurs envieux quand on songe à tous les “sans-travail” qui écument les rues. Ici, la main-d’œuvre est plus coûteuse qu’à l’étranger. Si nous maintenions le même salaire pour la journée réduite à douze heures, la partie ne serait plus tenable. Nous serions dans l’obligation de fermer nos manufactures et de les transporter là où l’ouvrière est la moins dispendieuse. Et puis, que l’on ne se trompe pas, l’ouvrière ramenée à douze heures continuerait à se lever à l’aurore pour n’arriver à la manufacture qu’à la minute obligatoire, plus disposée à se reposer des occupations auxquelles elle aurait vaqué dehors qu’à attaquer avec ferveur le travail de nos fabriques. Redevenue plus tôt libre le soir, elle n’en profiterait pas dans l’intérêt de son sommeil. Il y aurait à craindre pour la moralité de celles qui, étant sans famille, se verraient affranchies de toute surveillance pendant deux longues heures de la soirée.» Le texte est éloquent. On entendra la même remarque pour réprouver la loi qui interdit aux enfants le travail dans les mines: «Loi qui porte atteinte au droit du travail et à la liberté individuelle», 1919. La loi des huit heures suscite les mêmes réactions. Voici ce qu’écrit un entrepreneur de la métallurgie: «On en veut à ceux qui font la richesse du pays. Il est sûr que nos industries péricliteront, et puis que feront nos ouvriers de tout ce temps vacant? Désœuvrement, fréquentation plus assidue des estaminets. Décidément, la morale n’est plus du côté du gouvernement. Faudra-t-il bientôt que nous transportions nos industries dans les colonies?»

SOURCE ==> http://www.humanite.fr/10_10_2010-la-vieille-rengaine-du-patronat-455433

 

 

[ LE SAVIEZ-VOUS ? ]

Le salaire vient du terme « salarium ». Le « salarium », c’était à la base un impôt sur le sel servant à rétribuer les esclaves publics ( du temps de la Rome antique )

Quant au « TRAVAIL », ce mot vient du terme latin  » tripalium » qui désigne un INSTRUMENT DE TORTURE à trois pieux capable d’infliger aux ESCLAVES REBELLES le plus atroce et le plus lent des supplices.

 

.Chez les athéniens, l’activité la plus noble consistait à participer activement à la gestion de la cité (assemblées, débattre du bien collectif, tirage au sort, etc) et éventuellement discuter avec des amis, pratiquer la gymnastique, boire du bon vin, rendre gloire au divin, etc. Le travail, c’était la servitude. Une activité destinée aux esclaves, et éventuellement aux citoyens pauvres.

Le grand Aristote n’a t-il pas lui-même dit qu’il y avait des gens qui étaient nés pour travailler, pour être des esclaves ? Il fallait bien que certains individus travaillent de manière servile pour que d’autres, nées pour être libres, puissent consacrer tout leur temps à la réflexion, à l’art, à la philosophie, et à la délibération démocratique (qui pour rappel ne concernait que les citoyens athéniens – une minorité donc – et non les femmes, ces êtres mineurs sans oublier bien sûr les métèques).

Chez les chrétiens, le travail est la PUNITION ULTIME (cf la genèse). Adam et Ève étaient heureux. Ils avaient tout à leur disposition. Le Paradis : le Jardin d’Eden. Parce qu’Adam osa désobéir à Dieu, la punition serait un TRAVAIL harassant, un dur labeur le tuant petit à petit (sol ingrat). Parce qu’Ève avait pêché, elle enfanterait dans une immense douleur (TRAVAIL de l’accouchement ) et serait dominée par son mari. Une malédiction pour des siècles et des siècles.

Tout au long du moyen-âge, le travail, c’est encore la servitude. Les serfs qui travaillent pour la classe privilégiée et oisive : Le seigneur du coin, et son copain le clerc (Distinction doit être faite entre le bas clergé et le Haut-clergé).
Pour exercer une domination efficace et pérenne, il ne faut pas seulement de la force. Il faut aussi une justification, tout un arsenal juridique(droit édicté par les forts, groupe social dominant), moral, etc.

Il s’ensuit que pour maintenir la classe laborieuse dans un état de servage, pour dominer celle-ci, les classes dominantes et oisives – celles là même qui ne foutaient rien si ce n’est se bourrer la panse et porter assistance de manière épisodique au roi – n’eurent d’autre choix que de « glorifier » le travail des serfs. Le fameux argument du « dur labeur » libérant les hommes. Le « fameux « labeur honnête » rendant l’homme vertueux etc. La glorification de l’exploitation, de l’oppression tout en se gardant bien de travailler soi-même. Ah, l’usage de la morale !

Quelle sagacité ! Nous ne pouvons qu’en être admiratifs ! Le serf devait savoir qu’il était tout à fait dans l’ordre des choses de travailler pour un tortionnaire et éventuellement un voleur( Oui, il semblerait que la propriété soit liée au vol. La féodalité. la propriété de tel fief était accordée par le suzerain, qui lui-même avait conquis un territoire occupé, en tuant et en volant des terres occupées) mais qu’il devait aussi être heureux de travailler pour un tel maître.

Cela n’a pas beaucoup changé. Ce sont toujours les mêmes classes de naguère, les mêmes groupes sociaux (ou du moins certains de leurs représentants ), certes ayant changé un peu d’aspect à travers le temps, qui – sans travailler de manière harassante – ne cessent de glorifier le travail plus qu’harassant des autres, l’aliénation, l’exploitation et l’oppression, ne cessent d’encourager l’esclavage. les esclavagistes usèrent de la bible elle-même, pour justifier l’esclavage des noirs. Les colonialistes usèrent de ce profond sentiment d’humanité (le fameux devoir des races supérieures envers les races inférieures) pour justifier l’exploitation.

Parce que les bourgeois conservateurs du XIXe siècle aimaient profondément la FEMME, ils ne cessèrent de louer en elle sa fonction biologique (Encore aujourd’hui, le Pen Père n’a t-il pas dit que les femmes devaient ASSUMER leur fonction de reproduction ?), la « mère ». La femme devait donc rester à la maison, être dépendante financièrement de l’Homme et ne point s’occuper d’affaires relevant de la gestion de la cité pour le bien des enfants, pour le bien de la famille. Cela n’empêcha pas certains de ces bourgeois hypocrites de faire travailler à moindre coût des femmes ouvrières et des enfants. « Morale » à géométrie variable.

Le plus triste dans cette histoire, c’est qu’il y eût de tout temps des serfs, et des esclaves pour louer le seigneur et l’esclavagiste du coin (Dieu merci, ils ne sont pas majoritaires)
« Comment ? tu oses désobéir au maître, le représentant de Dieu lui-même ? Ne sais tu pas donc que nous avons été maudits parce qu’il a été écrit quelque part dans la bible que notre ancêtre Cham a fait ceci ou cela ? Et estimons nous encore heureux que le maître nous lise des passages de la bible pour assurer notre entrée au paradis car nous ne savons pas lire »  » Comment ?! tu oses critiquer le seigneur qui nous protège contre des envahisseurs ?! »

De là il vient qu’encore aujourd’hui, celui qui ne travaille pas ou pas assez ( selon ces nouveaux larbins moralistes d’aujourd’hui) soit très mal perçu. Il va sans dire que l’oisif (ou perçu comme oisif) critiqué très négativement ne peut aucunement être un rentier, un héritier laissant vacant des logements pendant que des SDF meurent de froid; l’oisif qui spécule, bien au chaud, sur les denrées alimentaires pendant que des femmes et enfants meurent de faim tous les jours ne peut aucunement être critiqué négativement. C’est toujours entre serfs que ça se passe. Ces larbins admirent les oisifs athéniens(ceux qui ont inventé la démocratie), les conjectures métaphysiques de ces derniers, mais vouent aux gémonies les chômeurs, les fonctionnaires, les cheminots, les syndicalistes, les profs etc.

Notons toutefois un paradoxe. Ceux-là mêmes – les descendants des serfs – qui ne cessent de glorifier le travail harassant, la servitude sont les premiers à vouer aux gémonies ceux qui ne sont venus ici que pour travailler d’arrache-pied. L’individu d’origine étrangère qui se tue à la tâche, servile car ne disposant pas de papiers et donc de droits, est fortement critiqué, détesté par ceux-là même qui n’ont de cesse de louer le travail et d’en vouloir aux « fainéants ». Crétinisme ou égoïsme ? Peut-être les deux.

 

 

 

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4 réflexions sur “ » Qu’est ce que les pauvres vont faire avec des congés ? C’est travailler qu’il leur faut. »

  1. Lucie sainte-croix Ferrand dit :

    Bonjour, et voici un petit mot de ma part :  » < la meilleure façon de se reposer c'est de changer de travail !"< et puis, un petit trait d'humour : il existe la Médecine du Travail !
    C'est donc que le travail est une maladie ??!!!

  2. edwige dit :

    Bravo pour cet excellent article !!!!
    J’aurais aimé savoir dire/écrire ces mots, je n’ai pas su…mais relayer ça je n’y manquerai pas !!!!!!

  3. Pooky dit :

    que disait waucquiez à propos de l’assistanat??

  4. Anonyme dit :

    « L’homme n’est pas fait pour le travail. La preuve, c’est que ça le fatigue » Georges COURTELINE.

    Excellent article, merci !

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