Généalogie de la « MORALE » des esclaves

sarkozy travail

 

D’aucuns considèrent que la lutte des classes ( antagonisme des intérêts entre les classes sociales), c’est le moteur de L’histoire. Il s’ensuit donc que chaque fois qu’une classe arrive à conquérir le pouvoir économique, politique, elle fait représenter son intérêt propre,égoïste, comme l’intérêt de la multitude pour pérenniser au mieux sa domination, sa suprématie. Ce n’est point une vue de l’esprit, ce n’est aucunement conspirationniste (c’est le système qui est en cause et non simplement les individus ou autres pseudo sociétés secrètes présidant aux destinées de l’humanité depuis la nuit des temps).Quiconque connait l’histoire humaine, sans pour autant adhérer aux théories marxisantes mangeurs de bébés, a sans doute dû le remarquer à moins qu’il ne soit de mauvaise foi.

Pour qu’un groupe puisse donc maintenir un autre groupe dans la servitude, il faut non seulement des forces armées, mais aussi – et ce ce que ne comprends pas certains dictateurs incultes – toute une culture, un droit particulier (avantageant les plus forts), une littérature, du divin etc. pour légitimer la suprématie d’une minorité sur la majorité. Il faut absolument que le serf puisse faire sien – par le fouet s’il en est besoin – la MORALE (souvent à géométrie variable) de la classe possédante. Il faut que le serf ait à cœur de lécher les bottes du puissant malgré son indigence extrême. Après tout, ne doit-il pas son existence au seigneur ? Après tout, les classes fortunées ne créent-elles pas des richesses ? Un imbécile fini comme le travailleur pourrait-il seulement créer des richesses ? Il n’en a ni le talent, ni le courage (de prendre ce risque).

Mais énoncer tout cela ainsi, ce serait prendre le risque d’être considéré comme un dangereux bolchévik, un affreux collectiviste, le couteau entre les dents, souhaitant noyauter les soviets, n’ayant de cesse d’en appeler au rétablissement des goulags, à l’expropriation des koulaks, et à l’établissement futur d’un État totalitaire Stalinien. Pour que vous puissiez donc vous figurer au mieux la puissance de frappe idéologique de certaines classes possédantes, la capacité que peut avoir une minorité puissante quant au travestissement de la réalité, nous userons comme exemple du terme « travail ».

Le mot « TRAVAIL » vient du terme latin  » tripalium » qui désigne un INSTRUMENT DE TORTURE à trois pieux capable d’infliger aux ESCLAVES REBELLES le plus atroce et le plus lent des supplices. 

Chez les athéniens, l’activité la plus noble consistait à participer activement à la gestion de la cité (assemblées, débattre du bien collectif, tirage au sort, etc) et éventuellement discuter avec des amis, pratiquer la gymnastique, boire du bon vin, rendre gloire au divin, etc. Le travail, c’était la servitude. Une activité destinée aux esclaves, et éventuellement aux citoyens pauvres. Le beau, le Bien, le vrai, c’était l’aristocrate OISIF.
Le grand Aristote n’a t-il pas lui-même dit qu’il y avait des gens qui étaient nés pour TRAVAILLER, pour être des esclaves ? Il fallait bien que certains individus TRAVAILLENT de manière servile pour que d’autres, nées pour être libres, puissent consacrer tout leur temps à la réflexion, à l’art, à la philosophie, et à la délibération démocratique (qui pour rappel ne concernait que les citoyens athéniens – une minorité donc – et non les femmes, ces êtres mineurs sans oublier bien sûr les métèques).

Chez les chrétiens, le travail, c’était la PUNITION ULTIME (cf la genèse). Adam et Ève étaient heureux. Ils avaient tout à leur disposition. Le Paradis : le Jardin d’Eden. Parce qu’Adam osa désobéir à Dieu, la punition serait un TRAVAIL harassant, un dur labeur le tuant petit à petit (sol ingrat). Parce qu’Ève avait pêché, elle enfanterait dans une immense douleur (TRAVAIL de l’accouchement ) et serait dominée par son mari. Une malédiction pour des siècles et des siècles.

C’est à partir du Moyen-âge qu’on assista au renversement des valeurs grâce au génie (il faut bien l’avouer ! )des classes possédantes.

Tout au long du moyen-âge, le travail, ce fut encore la servitude. Les serfs qui travaillaient pour la classe privilégiée et oisive : Le seigneur du coin, et son copain le clerc (Distinction doit être faite entre le bas clergé et le Haut-clergé).
Comme nous l’avons dit précédemment, pour exercer une domination efficace et pérenne, il ne faut pas seulement de la force. Il faut aussi une justification, tout un arsenal juridique(droit édicté par les forts, groupe social dominant), moral, etc.

Il s’ensuit donc que pour maintenir la classe laborieuse dans un état de servage, pour dominer celle-ci, les classes dominantes et oisives – celles là même qui ne foutaient rien si ce n’est se bourrer la panse et porter assistance de manière épisodique au roi – n’eurent d’autre choix que de « GLORIFIER » le travail des serfs. Le fameux argument du « dur labeur » libérant les hommes. Le « fameux « labeur honnête » rendant l’homme vertueux etc. La glorification de l’exploitation, du « TRAVAIL » (d’autrui); de l’oppression tout en se gardant bien de travailler soi-même. Ah, l’usage de la morale !

Quelle sagacité ! Nous ne pouvons qu’en être admiratifs ! Le serf devait savoir qu’il était tout à fait dans l’ordre des choses de travailler pour un tortionnaire et éventuellement un voleur( Oui, il semblerait que la propriété soit liée au vol. La féodalité. la propriété de tel fief était accordée par le suzerain, qui lui-même avait conquis un territoire occupé, en tuant et en volant des terres occupées) mais qu’il devait aussi être heureux de travailler pour un tel maître./
Le repos accordé au serf, les richesses, la vie de rêve du fait de ce « dur labeur », la rétribution, ce serait dans une autre vie ! La félicité éternelle ! Comment donc ne pas adorer ce généreux et bien gras bienfaiteur ? Pensez donc ! Non seulement, du haut de son lignage il protégeait ces gueux contre d’éventuels brigands, non seulement il ne demandait comme rétribution qu’un peu plus de la moitié de la récolte (sans oublier le travail forcé, le monopole des « banalités » comme le four, pressoir, moulin), mais ceux-ci se verraient EN PLUS accordés le rarissime ticket de loto gagnant, la sacro-sainte entrée au paradis, par l’entremise du seigneur et de son pote le clerc du coin.

Ce sont toujours les mêmes classes de naguère, les mêmes groupes sociaux (ou du moins certains de leurs représentants ), certes ayant changé un peu d’aspect à travers le temps, qui – sans travailler de manière harassante – ne cessent de glorifier le travail plus qu’harassant DES AUTRES, en appellent à toujours plus d’heures travaillées et une retraite à 65ans (70, bientôt 80 ou 90), l’aliénation, l’exploitation et l’oppression, ne cessent d’encourager l’esclavage. Motif : le travail, c’est sain. Il ne faut pas encourager la fainéantise, la paresse ! Bref, toute sorte de justification (économique, morale, etc) possible pour assurer l’oisiveté et le confortable train de vie de la bourgeoisie. Des justifications parfois ridicules.

Pour exemple, voici ce que disait des maîtres de forges en Lorraine, en l’année 1936, à propos de ce qu’ils baptisaient comme «la loi de fainéantise sociale»(semaine de 40 heures) : «Nos entreprises sont perdues. Comment relever le pays si nos ouvriers habitués à la tâche et fiers de l’accomplir travaillent deux fois moins? La France va à sa ruine. Et tous, nous pâtiront de ce luxe de paresse!» 

Ou en 1848 quand La journée de travail du textile lyonnais vennait de passer de quatorze à douze heures. Pour la chambre patronale des soieries, c’était la catastrophe. Elle adressa au préfet une supplique pour dénoncer la dangerosité et l’AMORALISME de la nouvelle loi: «Nous attirons votre attention sur les graves conséquences qu’auraient à subir nos industries au cas où la loi venait à être appliquée. Vous le savez, la main-d’œuvre ici est exigeante et hors de prix. Avec quatorze heures, nous tenions à peine. Douze heures précipiteraient les faillites. Le travail, dans nos entreprises, a toujours commencé à quatre heures du matin, repos d’un quart d’heure à midi, repos final à dix-huit heures Les filles employées s’y livrent sans que leur santé n’en ait jamais été altérée et sans qu’elles ne se plaignent de leur sort par ailleurs envieux quand on songe à tous les “sans-travail” qui écument les rues. Ici, la main-d’œuvre est plus coûteuse qu’à l’étranger. Si nous maintenions le même salaire pour la journée réduite à douze heures, la partie ne serait plus tenable. Nous serions dans l’obligation de fermer nos manufactures et de les transporter là où l’ouvrière est la moins dispendieuse. Et puis, que l’on ne se trompe pas, l’ouvrière ramenée à douze heures continuerait à se lever à l’aurore pour n’arriver à la manufacture qu’à la minute obligatoire, plus disposée à se reposer des occupations auxquelles elle aurait vaqué dehors qu’à attaquer avec ferveur le travail de nos fabriques. Redevenue plus tôt libre le soir, elle n’en profiterait pas dans l’intérêt de son sommeil. Il y aurait à craindre pour la moralité de celles qui, étant sans famille, se verraient affranchies de toute surveillance pendant deux longues heures de la soirée.» 

Comment ne pas penser à cet autre exemple datant de 1919 ? La loi des huit heures suscite les mêmes réactions. Voici ce qu’écrit un entrepreneur de la métallurgie: «On en veut à ceux qui font la richesse du pays. Il est sûr que nos industries péricliteront, et puis que feront nos ouvriers de tout ce temps vacant? Désœuvrement, fréquentation plus assidue des estaminets. Décidément, la morale n’est plus du côté du gouvernement. Faudra-t-il bientôt que nous transportions nos industries dans les colonies?» [ cf L’Humanité ]

Le célèbre philosophe Bertrand Russel disait déjà de son temps : « L’idée que les pauvres puissent avoir des loisirs a toujours choqué les riches. En Angleterre, au XIXe siècle, la journée de travail normal était de quinze heures pour les hommes, de douze heures pour les enfants, bien que ces derniers aient parfois travaillé quinze heures eux aussi. Quand des fâcheux, des empêcheurs de tourner en rond suggéraient que c’était peut-être trop, on leur répondait que le travail évitait aux adultes de sombrer dans l’ivrognerie et aux enfants de faire des bêtises. Dans mon enfance, peu après que les travailleurs des villes eurent acquis le droit de vote, un certain nombre de jours fériés furent établis en droit, au grand dam des classes supérieures. Je me rappelle avoir entendu une vieille duchesse qui disait :  » Qu’est ce que les pauvres vont faire avec des congés ? C’est travailler qu’il leur faut. » De nos jours, les gens sont moins francs, mais conservent les mêmes idées reçues, lesquelles sont en grande partie à l’origine de notre confusion dans le domaine économique » [cf éloge de l’oisiveté]

Les tortionnaires sont prêts à tout pour justifier et légitimer la servitude ! les esclavagistes usèrent de la bible elle-même, pour justifier l’esclavage des noirs ! Les colonialistes usèrent de ce profond sentiment d’humanité (le fameux devoir des races supérieures envers les races inférieures) pour justifier l’exploitation. Parce que les bourgeois conservateurs du XIXe siècle aimaient profondément la FEMME, ils ne cessèrent de louer en elle sa fonction biologique (Encore aujourd’hui, le Pen Père n’a t-il pas dit que les femmes devaient ASSUMER leur fonction de reproduction ?), la « mère ». La femme devait donc rester à la maison, être dépendante financièrement de l’Homme et ne point s’occuper d’affaires relevant de la gestion de la cité pour le bien des enfants, pour le bien de la famille. Cela n’empêcha pas certains de ces bourgeois hypocrites de faire travailler à moindre coût des femmes ouvrières et des enfants. « Morale » à géométrie variable.

Le plus triste dans cette histoire, c’est qu’il y eût de tout temps des serfs, et des esclaves pour louer le seigneur et l’esclavagiste du coin (Dieu merci, ils ne sont pas majoritaires)
« Comment ? tu oses désobéir au maître, le représentant de Dieu lui-même ? Ne sais tu pas donc que nous avons été maudits parce qu’il a été écrit quelque part dans la bible que notre ancêtre Cham a fait ceci ou cela ? Et estimons nous encore heureux que le maître nous lise des passages de la bible pour assurer notre entrée au paradis car nous ne savons pas lire »  » Comment ?! tu oses critiquer le seigneur qui nous protège contre des envahisseurs ?! » 

De là il vient qu’encore aujourd’hui, celui qui ne travaille pas ou pas assez ( selon ces nouveaux larbins moralistes d’aujourd’hui) soit très mal perçu. Il va sans dire que l’oisif (ou perçu comme oisif) critiqué très négativement ne peut aucunement être un RENTIER, un héritier laissant vacant des logements pendant que des SDF meurent de froid. L’oisif veritable qui spécule, bien au chaud, sur les denrées alimentaires pendant que des femmes et enfants meurent de faim tous les jours ne peut aucunement être critiqué négativement. Bien au contraire, il est loué. Vous comprenez, il dispose de la fortune, son argent bien que parfois issu du sang des pauvres, crée – par on ne sait quel miracle – des richesses.
C’est toujours entre serfs que ça se passe. Ces larbins admirent les oisifs athéniens(ceux qui ont inventé la démocratie), les conjectures métaphysiques de ces derniers, mais vouent aux gémonies les chômeurs, les fonctionnaires, les cheminots, les syndicalistes, les profs etc.

Notons toutefois un paradoxe. Ceux-là mêmes – les descendants des serfs – qui ne cessent de glorifier le travail harassant, la servitude sont les premiers à vouer aux gémonies ceux qui ne sont venus ici que pour travailler d’arrache-pied. L’individu d’origine étrangère qui se tue à la tâche, servile car ne disposant pas de papiers et donc de droits, est fortement critiqué, détesté (en plus d’être traqué sans relâche par l’État policier) par ceux-là même qui n’ont de cesse de louer le travail et d’en vouloir aux « fainéants ». Crétinisme ou égoïsme ? Peut-être les deux.

Mais bon, pardon encore une fois. La lutte des classes n’existe pas. Il n’y a pas de processus de domination.

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