LES FAMEUX PROPOS QUI ONT SOULEVÉ UNE GROSSE POLÉMIQUE

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LES FAMEUX PROPOS QUI ONT SOULEVÉ UNE GROSSE POLÉMIQUE

L’extrait ci-dessous est tiré d’un ouvrage [ de quoi Sarkozy est-il le nom ?]  ayant eu du succès et qui a fait scandale dès sa parution. En effet, l’auteur désignait Nicolas Sarkozy sous le vocable de « l’homme aux rats » et relevant du « pétainisme transcendantal« . 

Beaucoup ont critiqué cet essai, beaucoup l’ont adoré. Pour ma part, je dois avouer que je l’ai bien apprécié, notamment l’extrait ci-dessous. A vous d’en juger ==>

 

« Le monde qu’on déclare exister, et devoir s’imposer à tous, le monde de la mondialisation , est uniquement un monde des objets et des signes monétaires, un monde de la libre circulation des produits et des flux financiers. Il est exactement le monde prévu par Marx, il y a cent cinquante ans : le monde du marché mondial. Dans ce monde, il n’y a que des choses – les objets vendables – et des signes – les instruments abstraits de la vente et de l’achat, les différentes formes de la monnaie et du crédit. Mais il n’est pas vrai que, dans ce monde, existent librement des sujets humains. Et pour commencer, ils n’ont absolument pas le droit élémentaire de circuler et de s’installer où ils veulent. Dans leur écrasante majorité, les femmes et les hommes du prétendu monde, le monde des marchandises et de la monnaie, n’ont nullement accès à ce monde. Ils sont sévèrement enfermés à l’extérieur, là où il y a pour eux très peu de marchandises et pas du tout de monnaie. « enfermement » est ici très concret. Partout dans le monde, on construit des murs. Le mur qui doit séparer les Palestiniens et les Israéliens; le mur à la frontière entre le Mexique et les États-Unis, le mur électrique entre L’Afrique et l’Espagne; le maire d’une ville italienne propose de construire un mur entre le centre de la ville et la banlieue ! Toujours des murs pour que les pauvres restent enfermés chez eux. Sans compter les murs des prisons, car les prisons sont devenues, chez les riches, une grande industrie rentable, où croupissent, jetés qu’ils y sont par une activité policière et juridique de plus en plus féroce, des millions de pauvres, ou de demi-pauvres, singulièrement des jeunes, très souvent noirs, arabes, latino-américains…

Il y a presque vingt ans, le mur de Berlin est tombé. C’était, chantaient la presse et les politiciens du « monde libre », le symbole de l’unité de la planète, après soixante dix-ans de séparation. Pendant ces soixante dix ans, il était clair qu’il y avait deux mondes : le monde socialiste et le monde capitaliste. On disait : le monde totalitaire et le monde démocratique. Alors, la chute du mur de Berlin était le triomphe d’un monde unique, le monde de la démocratie. Mais aujourd’hui nous voyons que le mur s’est seulement déplacé. Il était entre l’Est totalitaire et l’Ouest démocratique. Il est aujourd’hui entre le Nord capitaliste riche, et le Sud dévasté et pauvre, et plus généralement entre les territoires protégés des bénéficiaires de l’ordre établi, et les terrains vagues où s’installent, vaille que vaille, tous les autres. A l’intérieur des pays, « développés » (comme on dit encore), la contradiction politique reconnue opposait une classe ouvrière éventuellement forte et organisée, et une bourgeoisie dominante qui contrôlait l’État. Aujourd’hui, il y a, côte à côte, les riches bénéficiaires du trafic mondial et la masse énorme des exclus.

« exclu » est le nom de tous ceux qui ne sont pas dans le vrai monde, qui sont dehors, derrière le mur et les barbelées, qu’ils soient paysans dans les villages de la misère millénaire, ou qu’ils soient urbains dans les favelas, les banlieues, les cités, les foyers, les squats et les bidonvilles. Il y avait, jusque vers les années quatre-vingt-dix du siècle dernier, un mur idéologique, un rideau de fer politique; il y a un maintenant un mur qui sépare la jouissance des riches du désir des pauvres. Tout se passe comme si, pour qu’existe le monde unique des objets et des signes monétaires, il fallait durement séparer les corps vivants selon leur provenance et leurs ressources.

Aujourd’hui, il n’y a pas de monde des humains, au sens précis où, derrière la propagande sur la mondialisation, la thèse qui gouverne les politiques de plus en plus violentes et fermées est qu’il y a deux mondes, au moins. Le prétendu monde unifié du Capital a pour prix la brutale, la violente division de l’existence humaine, en deux régions séparés par des murs, des chiens policiers, des contrôles bureaucratiques, des patrouilles navales, des barbelés et des expulsions.

Pourquoi ce que les politiciens et la presse asservie des pays occidentaux appellent ( en France, l’expression vient de Le Pen ) le « problème de l’immigration » est-il devenu dans tous les pays concernés, une donnée fondamentale de la politique des États ? Parce que tous ces étrangers qui arrivent, qui vivent et qui travaillent ici, sont la preuve que la thèse de l’unité démocratique du monde réalisée par le marché et par la « communauté internationale » est entièrement fausse. Si elle était vrai, nous devrions accueillir « ces étrangers » comme des gens du même monde que nous. Nous devrions les traiter comme on traite quelqu’un venu d’une autre région qui fait halte dans notre ville, puis y trouve du travail et s’y installe. Mais ce n’est pas du tout ce qui se passe. La conviction la plus répandue et que les politiques gouvernementales ne cessent de vouloir renforcer est que, ces gens viennent d’un autre monde. Voilà le problème. Ils sont la preuve vivante que notre monde démocratique et développé n’est pas, pour les tenants de l’ordre capitaliste dominant, le monde unique des femmes et des hommes. Il existe chez nous des femmes et des hommes, qui, quoiqu’ils vivent et travaillent ici comme tout un chacun, n’en sont pas moins considérés comme venus d’un autre monde. La monnaie est partout la même, le dollar ou l’euro sont partout les mêmes; les dollars ou les euros que possèdent cet étranger venu d’un autre monde, tout le monde les accepte volontiers. Mais lui, ou elle, dans sa personne, sa provenance, sa façon d’exister, on s’efforce de nous faire dire, qu’il ou elle, n’est pas de notre monde. Les autorités de l’État et leurs suivants aveugles le contrôleront, lui interdiront le séjour, critiqueront sans merci ses coutumes, sa façon de s’habiller, ses pratiques familiales ou religieuses. Bien des gens, animés par la peur, et organisés dans cette peur par l’État, se demanderont avec anxiété combien il y en a chez nous, combien de ces gens qui viennent d’un autre monde ? Des dizaines de milliers ? Des millions ? Question horrible quand on y pense. Question qui prépare forcement la persécution, l’interdiction, l’expulsion en masse. Question qui, dans d’autres circonstances, a préparé des exterminations.

Nous savons parfaitement aujourd’hui que, si l’unité du monde est celle des objets et des signes monétaires, alors, démocratie ou pas, pour les corps vivants, il n’y a pas d’unité du monde. Il y a des zones, des murs, des voyages désespérés, du mépris et des morts.(…) Le monde démocratique occidental a pour base matérielle absolue la libre circulation des objets et des signes monétaires. Sa maxime subjective la plus fondamentale est la concurrence, la libre concurrence qui impose la suprématie des richesses et des instruments de la richesse. La conséquence fatale de cette maxime est la séparation des corps vivants par et pour la défense acharnée des privilèges de la richesse et de la puissance.

Nous connaissons aujourd’hui la forme concrète de cet « élargissement » de la démocratie, à laquelle se consacre « la communauté internationale », soit la coalition des États gendarmes de la planète. C’est, tout simplement, la guerre. La guerre en Palestine, en Irak, en Afghanistan, en Somalie, en Afrique… Que, pour organiser des élections il faille faire de longues guerres doit nous amener à réfléchir, non seulement sur la guerre, mais sur les élections. A quelle conception du monde est liée aujourd’hui la démocratie électorale ? Après tout, cette démocratie impose la loi du nombre. Tout comme le monde unifié par la marchandise impose la loi monétaire du nombre. (…) Si le monde est celui des objets et des signes, c’est un monde où tout est compté. En politique aussi, on doit compter. Et ceux qui ne comptent pas, ou sont mal comptés, on leur imposera par la guerre nos lois comptables. Et, en outre, si la loi comptable donne un résultat hétérogène aux résultats que nous en attendons, nous imposerons derechef, par la violence policière et la guerre, non seulement le compte, mais le « bon » compte, celui qui fait que la démocratie doit élire des démocrates , c’est-à-dire des pro-américains, des clients dociles, et personne d’autre. Comme on l’a vu quand les occidentaux, et certains de nos intellectuels en première ligne, ont applaudi en Algérie, l’interruption du processus électoral qui avait donné la victoire aux « islamistes », ou quand les mêmes ont refusé de reconnaître l’écrasante victoire électorale du Hamas dans les territoires palestiniens. (…) ce déni par les « démocraties » de leurs propres normes comptables fait voir la vérité de ces normes : la perpétuation, par des partis finalement indiscernables, de l’ordre capitaliste établi, et la défense de cette perpétuation par la guerre. Car telle est bien la rançon des comptes électoraux quand ils sont à la fois imposés et déniés. Guerre civile en Algérie, guerre d »agression au Liban, entretien soigneux de divers seigneurs de guerre dans tout le continent africain. Tout cela prouve que le monde ainsi conçu, en réalité n’existe pas. Ce qui existe est un faux monde clos, maintenu artificiellement séparé de l’humanité générale par une incessante violence. Il faut alors renverser le problème.]

 

ALAIN BADIOU

 

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7 réflexions sur “LES FAMEUX PROPOS QUI ONT SOULEVÉ UNE GROSSE POLÉMIQUE

  1. jeunecitoyen dit :

    A reblogué ceci sur jeunecitoyenet a ajouté:

    Un texte à partager autour de vous !

  2. culturieuse dit :

    Comme quoi, une bonne accroche…Mais qui a lu le texte en entier? Je l’ai trouvé long. Vos articles sont fort intéressants, mais une version courte ne toucherait-elle pas une plus large audience?

    • jeunecitoyen dit :

      Merci. Très certainement, mais le but, c’est de quand même proposer une analyse poussée et sérieuse de notre environnement politico-économique. Les différents enjeux. Et à trop synthétiser, on court le risque d’être accusé – à raison- de caricatures simplistes. Il faut démontrer, et c’est long. Voilà, désolé encore pour la longueur des articles.

      • culturieuse dit :

        Je comprends parfaitement vos arguments. Je suis souvent abasourdie par le discours abrégé que nous offre la télévision. Notre attention en est rendue limitée. Si je vous fais cette remarque, c’est parce que j’estime votre propos et j’ai envie de le partager. Pourtant, je suis convaincue qu’il n’aura pas l’audience qu’il mérite et que, peut-être, il aurait pu gagner en étant plus bref. Ne soyez pas désolé de votre précision. Merci.

    • Benjamin dit :

      Certaines argumentations demandent du temps pour exprimer certaines nuances.

      A défaut, on clame des certitudes sans aucun fondement ou démonstration. C’est alors la loi de l’audience. Celui qui est le plus entendu aura raison et on se retrouve à compter comme le dit ici Badiou.

      Avec la grande rapidité d’information, on tombe dans la surinformation puis dans la désinformation. On zappe une information aussi vite qu’on la lue.

      Bref, s’informer ou réfléchir à un problème, cela demande du temps. C’est à nous d’en prendre conscience et de ne pas tomber dans l’information spectacle, car on aura toujours de bonnes raisons pour ne pas agir.

    • Anonyme dit :

      je l’ai lu en entier et la longueur est bien l’intérêt de la chose. On a pris l’habitude de jugement de phrases a l’emporte pièce sans aucune analyse. Lire quelque chose de sérieux est bon

  3. Anonyme dit :

    partageons les articles au maximum. C’est le meilleur moyen pour les faire connaitre

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