Ne sommes-nous pas tous des « délinquants », des « criminels »… pleutres ?

staline hitler
Je souhaitais depuis quelques temps m’entretenir avec vous sur un sujet qui n’a jamais cessé de me tarauder afin que vos lumières parviennent à éclaircir quelque peu mes réflexions sur cette thématique bien particulière. Ce sujet vous apparaîtra sans doute secondaire, surtout en ces temps de crise et de précarité, de misère et de pauvreté, mais c’est un sujet qui m’apparaît être à l’origine de bien des maux dans nos sociétés.

La violence est-elle inhérente à la nature humaine ? Ne sommes-nous pas après tout que des poltrons, des lâches, des pleutres, de vils êtres n’ayant même pas le courage de satisfaire nos pulsions primaires contrairement aux criminels accomplis ? Notre qualification du « bon » et du « mauvais » ne serait-elle pas – comme le dit Friedrich Nietzsche (dans son ouvrage La généalogie de la morale )- un aveu de faiblesse, notre jalousie envers les seigneurs, les puissants, les aristocrates ? De cette jalousie, de cette faiblesse, n’en avons-nous pas édifié un droit, une morale qui ne serait rien d’autre que « la morale des esclaves », des faibles ?

Ces questions vous paraîtront certainement provocatrices, mais ce ne sont que des questions -en vue de provoquer un débat – et non des affirmations. Mais avant de débuter l’article, permettez-moi de vous raconter une petite histoire.

J’avais eu à visionner, il y a de cela quelques années, un documentaire. Un jeune homme, à peine sorti de l’adolescence, charmant, bien sous tout rapports, était mort de coups et blessures suite à une rixe entre supporters rivaux. Est-il besoin de parler de l’affliction de sa mère ? ses amis ? ses proches. J’imagine que perdre son enfant est déjà une immense tragédie… Mais perdre son enfant à l’occasion d’un simple match où des gugusses surpayés jouent à la baballe, bref… Et le documentaire de poursuivre sur la composition sociologique de ces hooligans. Je dois avouer que j’ai été véritablement surpris, de voir que parmi ces supporters violents -qui venaient parfois assister aux matchs avec la volonté d’en découdre – on y trouvait souvent des bons pères de familles, des jeunes sans histoire, sans casier judiciaire mais qui, sitôt sous l’influence d’un groupe, se transformaient en de vulgaires brutes, voire des monstres. Certains se révélaient parfois incapables d’expliciter de manière rationnelle leurs actes de violence.

Cette violence, loin d’être anecdotique, n’a jamais cessé d’être présente. Je n’arrive toujours pas à comprendre comment l’Homme peut avoir une fascination si grande pour la violence, le sang.

Dans l’antiquité, les romains prenaient plaisir à assister aux combats à mort des gladiateurs. La foule éprouvait un plaisir certain quand des individus étaient bouffés par des bêtes sauvages. Au moyen-age, à la renaissance, du temps de l’ancien régime et peu après la révolution, les gens assistaient avec un plaisir certain aux exécutions publiques. Je pourrais aussi évoquer les massacres de septembre, la tête du gouverneur de Launey au bout d’une pique lors de la prise de la bastille, les génocides, etc

 

Dans un ouvrage célèbre d’Hannah Arendt (auteur ayant pensé « le totalitarisme »), [ les origines du totalitarisme : le système totalitaire ] des éditions du Seuil, elle dit notamment : [  » Le fait que le régime totalitaire, malgré l’évidence de ses crimes, s’appuie sur les masses, est profondément troublant. Aussi n’est-il guère surprenant de voir spécialistes et hommes d’Etat souvent refuser de reconnaître un tel fait. Les premiers croient aux vertus magiques de la propagande et du lavage de cerveau, les seconds, par exemple, Adenauer à maintes reprises, en nie simplement l’existence. Une publication récente de rapports secrets sur l’opinion publique en Allemagne pendant la guerre ( de 1939 à 1944), émanant du service de sécurité des SS, est très instructive à cet égard. Elle montre d’abord que la population était remarquablement bien informée de tous les prétendus secrets ( massacre de juifs en Pologne, préparation de l’attaque contre la Russie, etc), et ensuite « dans quelle mesure les victimes de la propagande étaient restées capables de former des opinions indépendantes ». Quoi qu’il en soit, l’important est que ceci n’ait nullement affaibli le soutien général dont bénéficiait le régime hitlérien. Il est bien évident que le soutien apporté au totalitarisme par les masses ne s’explique ni par l’ignorance, ni par la lavage de cerveau.] 

Et même de nos jours, le net pullule d’incitation à la haine, d’appel au meurtre de masse en direction des juifs, des gays, des arabes, des roms etc.

Tout se passe comme si la civilisation, les institutions, la modernité, le droit n’ont en rien épuré l’âme des hommes ( Et pourtant, on ne cesse de désigner comme barbares les peuples dits-primitifs ou des nations où les droits individuels sont bafoués. Claude Levi-Strauss ne disait-il pas à ce propos qu’était barbare celui qui désignait l’autre comme étant barbare(Cf Race et histoire : lecture que je vous recommande) ?) Ainsi nos institutions n’ont pas exécuté ces pulsions, mais ont plutôt agi comme des prisons, des gigantesques centres pénitenciers, où les instincts meurtriers ont été enfermés dans l’espoir qu’ils se tiennent tranquille à tout jamais.

Or, tout prisonnier, s’il n’est exécuté (je suis fondamentalement hostile à la peine de mort. De plus, peut-on seulement « tuer » ou « supprimer » un instinct ? Il me semble extrêmement dangereux de vouloir supprimer des instincts naturels. Il faudrait plutôt apprendre à maîtriser ces instincts, ces pulsions d’où l’importance de l’éducation, de l’amour, de la philosophie en tant que quête de la sagesse) sortira un jour, mais dans le cas présent il n’a été donné à ces prisonniers aucun traitement, aucun soin d’où cette volonté qu’ils ont de ressortir et de recommencer leurs méfaits. De plus, ces prisonniers peuvent s’échapper à l’occasion d’événements (Crises etc.).

Nos dirigeants ne cessent de clamer que nous sommes les successeurs des lumières, de la tolérance, des droits de l’homme etc. alors que dans le même temps, des partis haineux, d’extrême-droite font des scores à deux chiffres dans un grand nombre de pays européens, le nôtre y compris. Et ce malgré les leçons de l’histoire : génocide des juifs, guerres mondiales, guerres de religion, la haine etc. On me rétorquera que c’est la crise, la précarité mais si tel est le cas, cela veut dire que ces pulsions, ces sentiments négatifs ont toujours été présents, tapis là, dans l’ombre n’attendant qu’un sombre prétexte pour surgir et qu’elles n’ont point été traités. Et d’ailleurs la misère n’est-elle pas omniprésente dans un certain nombre de pays ? Y observe t-on de la haine, du moins à ce degré et dans de telles proportions (Au passage, les « institutions-prisons » telles que le droit y sont moins solides) ? Parfois, on en vient même à être étonné de leur hospitalité.

Je suis sûr qu’aujourd’hui, malgré l’avancée de notre civilisation, beaucoup ne commettent point de meurtres, d’actes criminels non parce qu’ils considèrent que c’est mal, qu’ils y ont réfléchi MAIS parce qu’ils ont peur de la sanction, de la punition (Prison, Loi, etc). Raison pour laquelle beaucoup de personnes seraient capables de « se lâcher » si d’aventure ils sentent que leurs personnes seront protégées, encadrées par le groupe ou par l’anonymat. D’où la lâcheté, la pleutrerie...
Beaucoup seraient capables d’étouffer leurs âmes ou d’agréger leurs âmes à une âme collective, non pas cette âme collective généreuse, héroïque qui dans l’Histoire humaine a souvent permis aux hommes d’accomplir des exploits, des actes de bonté, mais plutôt cette âme collective, meurtrière, raciste, fasciste, etc qu’on retrouve à l’action lors des lynchages, des génocides, etc. 

Alors de deux choses l’une, SOIT on considère que la violence est inhérente à L’homme et donc il faudrait nécessairement repenser ces prisons où on enferme nos pulsions et se demander quel traitement à appliquer – exécution ou soin (peut-être la Philosophie au sens le plus noble à savoir la quête de la sagesse, de l’équilibre entre le corps et l’esprit, la nécessité de ne pas assujettir l’âme aux pulsions du corps. je pense qu’il est aussi nécessaire de se poser des questions sur la spiritualité mais puisque nous avons tué nos dieux du fait de la science avant d’être simplement des Hommes, la quête de sagesse me semble être le seul soin possible)- aux prisonniers SOIT on considère que cette violence vient exclusivement de l’influence extérieure ( nécessité de penser voire de modifier nos modes de vies, l’économie de marché actuelle etc.)

Un peu des deux sûrement.

Dans tous les cas, ne croyons pas que le pire soit derrière nous. Après la 1ère guerre mondiale, ceux qui nous ont précédé se disaient certainement plus jamais ça. Chassez le naturel, il revient au galop. Au triple galop même. Cette violence latente n’a pas été traitée… Si un leader très charismatique devait naître dans les décennies à venir, bien financé, disposant d’une bonne propagande – la misère aidant (parce qu’il y aura encore des « crises » si rien ne change, c’est systémique) et donc la guerre de tous contre tous (nécessité des boucs émissaires : Un temps les chrétiens pour l’incendie de Rome, un autre temps les juifs sous la période nazie)- je suis sûr que beaucoup céderaient au chant des sirènes.

Les institutions sont importantes… C’est certain. Mais les institutions ont été crées (en théorie) pour régir les relations entre les individus. Si les hommes étaient tous des êtres vertueux et sages, il n’y aurait pas eu besoin d’institutions, de droit, etc. Donc, Il est bien qu’il y ait des prisons (culture, institutions, etc) pour enfermer toutes ces pulsions mais à quand un soin des prisonniers (via la quête de sagesse, questionnement, etc) ? Pour ma part, je n’ai pas envie que le monde revive ou continue dans cette lancée meurtrière (conflits, lynchages, appels à la haine, génocides, etc)

 


Merci d’avoir pris (ou perdu) un peu de votre temps pour cette lecture.

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Une réflexion sur “Ne sommes-nous pas tous des « délinquants », des « criminels »… pleutres ?

  1. Non, votre sujet n’est pas secondaire ! Cela commence au sein de la cellule familiale et l’éducation qui est donnée. Pourquoi dans l’esprit d’un enfant des années 50 , la maîtrise de ses gestes haineux de révolte se limitait à se bagarrer, et non dans le but de tuer !
    Aujourd’hui, le geste violent atteint son paroxysme et l’aboutissement : donner la mort !
    Pourquoi ? : la banalisation . Voire l’indifférence !
    Puis ne confondons pas avec les gestes violents incontrôlés qui relèvent du domaine médical.

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