LA VIE SUR UN BATEAU NÉGRIER

 

esclave femme

 

 

 
« Boyer Peyreleau décrit vers 1823 un navire négrier :

«Qu’on se figure des êtres humains entassés comme des ballots de marchandises dans des compartiments qu’ une cupidité barbare leur a ménagés avec parcimonie, où ils ne respirent qu’un air méphitique qui les tue (…) Ces malheureux, la plupart décharnés et accroupis comme des brutes, soutiennent à peine leur tête où l’on ne découvre presque plus d’ expression ; de jeune femmes de 15 à 16 ans exténuées de besoin et de misère, tiennent des enfants à leurs mamelles déjà pendantes et desséchées. L’ horreur de ce tableau est encore accrue par les maladies que l’ insalubrité et les privations ont produites. Le quart plus ou moins de la cargaison est ordinairement moissonné pendant la traversée et ceux qui survivent paraissent insensibles à la mort de leurs compagnons, le même sort les attend d’un instant à l’autre. Pourrait-on s’imaginer que des hommes qui se disent civilisés et chrétiens se rendent ainsi de sang froid les bourreaux d’ autres hommes dont tout le tort envers eux est d’ être nés sous d’ autres cieux et d’être d’une couleur différente ?»

Cette indignation vertueuse se situe à une époque où la traite est officiellement abolie en France mais, pendant les trois siècles qu’elle a duré, les profits considérables qui en étaient retirés ont fait taire bien des consciences. Par ailleurs en 1823, la traite n’est pas terminée, elle se poursuit sous forme clandestine dans des conditions encore plus cruelles, car ce commerce reste lucratif vu la demande de main-d’oeuvre incessante de la part des colons.
La traite a drainé outre-Atlantique des millions d’hommes :

Morenas qui écrit vers 1828 calcule que, de 1768 à 1827, il y a eu 4 990 000 esclaves introduits aux Antilles, si on ajoute 1 500 000 morts pendant la traversée, 55 000 dans les captiveries, c’est plus de 7 millions d’hommes qui ont été transportés d’Afrique vers les Antilles en une soixantaine d’années ! Soit une moyenne annuelle de 121 000. Selon L. Lacroix, on estimait au début du XIXe siècle que la traite avait enlevé au continent africain environ 32 millions d’esclaves et pour lui ce chiffre est sans doute en dessous de la vérité.
Boyer-Peyreleau considère que pour transporter ces millions d’hommes, il n’a pas fallu moins de 80 000 traversées et le bateau négrier est considéré comme l’emblème de ce monstrueux trafic.  »

1) LA VIE SUR LE BATEAU NÉGRIER.

Le bateau négrier, ayant quitté Nantes, Bordeaux ou La Rochelle partait lourdement chargé pour un voyage qui allait durer plusieurs mois (huit à douze). Il se rendait d’abord dans l’un des soixante-six établissements situés sur les côtes d’Afrique, entre le Sénégal et l’Equateur, pour s’approvisionner en esclaves.
Des instructions précises étaient données aux chirurgiens chargés de l’examen des captifs : «point de vieux à peau ridée, testicules pendantes et ratatinées. Point de grands nègres efflanqués, poitrine étroite, yeux égarés, air imbécile qui annoncent des dispositions à l’épilepsie». Les négresses devaient avoir les seins debouts et c’était une bonne affaire d’acheter une esclave enceinte. Le chirurgien devait même, à l’exemple des Portugais, lécher la peau des captifs pour déceler éventuellement certaines maladies.

la mort moissonne (Pendant le voyage )très largement parmi eux ou encore ils deviennent d’une maigreur extrême. On prévoit alors pour qu’ils fassent bonne figure sur les marchés d’esclaves de faire une ou deux escales de rafraîchissement à l’île du Prince ou à San Tomé. Cette escale dure alors de une à six semaines. Les esclaves sont parqués dans de grands enclos. En 1801, un officier de santé à bord du vaisseau l’ Atalante décrit cette escale :

En 1801, un officier de santé à bord du vaisseau l’ Atalante décrit cette escale :
– «Deux bâtiments négriers que nous trouvâmes à l’ île du Prince avaient mis leur cargaison à terre pour les rafraîchir. Jamais l’humanité souffrante ne présenta un tableau plus affreux que les femmes avec leurs enfants à la mamelle, les jeunes filles de quinze à dix-huit ans, et les jeunes nègres qui les accompagnaient, tous ressemblaient à des squelettes ambulants recouverts d’ une peau hideuse et ridée. Les seins des nourrices étaient des peaux amincies qui pendaient sur leurs poitrines comme des bourses vides. Ceux des jeunes filles qui n’offraient aux regards que la nudité la plus dégoûtante, étaient collés sur leur poitrine comme des peaux flétries à travers lesquelles on comptait les côtes. Les enfants à la mamelle étaient dans un état de maigreur telle et leur décharnement était si grand que l’ on ne concevait pas comment ils vivaient encore ! Je me trouvai à une distribution d’aliments faite à ces malheureux esclaves pour leur souper. Je me rappelle que les portions d’ une nourrice d’ environ trente ans fut deux épis de maïs verts à demi formés».

Un deuxième arrêt peut s’avérer nécessaire avant l’arrivée aux îles. la malnutrition n’est pas seule en cause, le voyage se poursuit avec son cortège de maladies qui déciment aussi bien les esclaves que l’équipage : scorbut, dysenterie, variole, fièvres de toutes sortes, surtout la fièvre jaune. Aussi la mortalité est-elle grande à bord. Prenons l’exemple de L’ Iris, bateau parti de la Rochelle en 1784. Il charge 280 esclaves et en perd 125. Certains meurent à Porto Novo, port d’embarquement, d’autres pendant la traversée ou à l’escale de San Thomé. La mortalité est due au scorbut (62 décès), aux fièvres putrides et à la dysenterie.
La fièvre jaune peut anéantir toute une cargaison ; il aurait fallu, comme pour la variole, isoler les malades mais cela n’est pas possible étant donné l’entassement à bord. D’autres sont atteints d’ophtalmies graves. A cela s’ajoutent les filarioses, sans oublier les suicides fréquents à bord : beaucoup sont suscités par la peur. Certains croient même qu’on les a enlevés pour les manger, aussi a-t-on interdit de pratiquer des saignées à bord.

2) PENDANT LA TRAITE CLANDESTINE.

La traite est abolie par l’Angleterre en 1807. Le 8 février 1815, le Congrès de Vienne entérine le fait. Mais, c’est le 15 avril 1818 que la France l’interdit définitivement. Cependant la traite clandestine continue à approvisionner les Antilles, car les bénéfices sont exorbitants malgré les risques encourus. En 1824, sur une croisière de deux mois, les navires anglais visitent 19 navires négriers, dix sont français. Le droit de visite international leur est reconnu en 1831 et 1833, mais malgré les contrôles, la traite persiste jusqu’en 1865. Il semble que près de 540 navires français aient été interceptés et aient du interrompre leurs opérations. Il faut dire qu’on a peu de précisions car beaucoup de navires détruisent leurs papiers pour ne pas encourir de condamnations et les renseignements proviennent de lettres privées. On considère comme suspects 126 navires de Nantes entre 1824 et 1826.

Les conditions de voyage sont encore plus pénibles : le Vigilant de Nantes a emporté 361 esclaves :
– 106 femmes sont mises dans la chambre arrière sur 7 rangées ;
– 28 dans la chambre arrière sur 2 rangs ;
– 104 hommes sont mis à tribord et à bâbord sur des planches du faux pont volant ;
– 123 ont voyagé accroupis sur le faux pont fixe.
Sur d’autres bateaux, ils furent couchés sur le côté, les genoux de l’un emboîtant les jarrets de l’autre.
Selon Morénas, «c’ est moins d’ espace qu’un homme mort n’en occupe dans un cercueil. Il y en a beaucoup où ils sont obligés de rester sur les côtés repliés sur eux sans pouvoir s’étendre».
La place est donc réduite, les provisions en quantité moindre, l’eau manque le plus souvent.

Ainsi sur un brick parti du Havre le 24 janvier 1819, on ne dispose que d’un demi verre par personne et par jour. Les maladies continuent à décimer un grand nombre de captifs, souvent un sixième et même la moitié.
Il y a rarement un médecin à bord ; s’il y a moins de morts c’est que la traversée est moins longue vu qu’il n’y a plus d’escale de rafraîchissement. Mais la petite vérole, les fièvres, les vomissements, sans compter les cas d’asphyxie dus à l’atmosphère fétide régnant à bord, restent fréquents. Quand ils sont trop atteints, on leur donne du laudanum qui les endort pour toujours.

Louis Lacroix raconte l’odyssée du Brick parti du Havre le 24 janvier 1819 : il a embarqué 160 esclaves. Le 21 juin, il arrive à la Guadeloupe : 39 Noirs aveugles ont été jetés à la mer, 12 sont borgnes, 14 ont des atteintes très graves de la cornée. Les armateurs ont été dédommagés pour marchandise avariée !

Les suicides restent nombreux et quelquefois collectifs. On utilise un speculum oris pour écarter les mâchoires de ceux qui refusent de manger.
Certains n’hésitent pas à jeter à la mer leur cargaison quand ils sont pris en chasse par les Anglais ou ils l’abandonnent dans des embarcations de fortune pendant qu’ils prennent la fuite.

Il arrive qu’on en jette à la mer quand on craint de manquer de provisions. Une pétition de négociants français en 1826 assure que des capitaines de navires négriers jettent à la mer chaque année plus de 1500 esclaves vivants parce qu’ils sont trop mal portants pour être vendus avec avantage.

Source ==> http://www.touristmartinique.com/histoire-et-culture/la-vie-sur-un-bateau-negrier.html  »

 

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5 réflexions sur “LA VIE SUR UN BATEAU NÉGRIER

  1. Anonyme dit :

    Les chiens étaient mieux traités que les esclaves!

  2. culturieuse dit :

    Ce fut une réalité et c’est insoutenable. Merci pour la piqure de rappel. L’esclavage, sous d’autres formes, existe encore. Soyons vigilants dans la mesure de nos moyens.

  3. La vie humaine traitée comme sous-marchandise. Entreprise du lucre, inhumaine par essence, égoïste.

  4. TheCarabin dit :

    Je vous conseille « Le chirurgien de la flibuste » de Miep Diekmann qui est un roman inspiré de faits réels (écris retrouvé) qui parle justement d’un de ces médecin de bateaux négriers.
    Post très intéressant par ailleurs.

  5. Pour ne plus donner l’occasion de revivre cela , c’est de chercher le plus rapidement possible , à connaitre QUI nous sommes , pour pouvoir prendre les DISPOSITIONS qu’il faut , car crise aidant , les MÊMES avec leurs ALLIES se faisant appeler FAUSSEMENT <> veulent remettre ça !!!!!!!!!

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