L’odyssée d’une immigrée

femme triste

Figurez-vous un Pays du sud où est en place un pouvoir autoritaire et corrompu. Soutenu par des chancelleries occidentales (ou qui ferment les yeux) et par quelques multinationales. Figurez-vous donc dans votre esprit éclairé, des paysans cultivant pour nourrir leurs familles. Jour et nuit. Mois après mois. Sous un soleil de plomb. Orages, outils traditionnels, terres ingrates, insectes etc.

Vient donc la période des moissons (si et seulement si la nature et la providence ont été clémentes et que les récoltes ont été bonnes), période tant attendue par ces forçats des temps modernes.  ces paysans se rendent dans les petites villes environnantes pour y vendre leurs produits. Figurez-vous encore que leurs produits ne se vendent pas car trop chers par rapport aux produits importés et subventionnés du nord (Grands groupes agricoles pouvant bénéficier des aides de ces Etats riches). N’arrivant pas à avoir des fonds, de l’argent, ces paysans ne peuvent se nourrir et nourrir leurs familles. Ne supportant plus cet état de fait, voulant vivre, non plutôt survivre dirai-je, ces paysans se rendent à la capitale dans l’espoir, croient-ils ces malheureux, d’une vie meilleure. Ils veulent en tant qu’êtres humains  être simplement heureux.

Qui d’entre vous n’y aspire pas ? Qui d’entre vous ne souhaiterait que ses proches, ses enfant puissent sourire ? Puissent accomplir leurs rêves ? Puissent se nourrir ?

Ce n’est pas tout le monde qui a cette étonnante capacité de vouloir fuir la misère. De trouver le bonheur ailleurs. Quand on a vécu pendant longtemps dans un endroit, qu’on y a tous ses amis, ses souvenirs, il n’est pas aisé de tout laisser derrière soi malgré la misère et la faim. Beaucoup restent par dépit, ne sachant ou aller, que faire, etc.

 

Figurez-vous donc que par la suite, ces paysans étant arrivés à destination en ville, se rendent comptent que  la vie n’y est point meilleure.  Certes, une minorité réussit à s’en sortir. Les classes aisées. Des bureaucrates proches du pouvoir « autoritaire » en place.

Figurez-vous encore que sans emploi, ne pouvant se loger dans les centre-ville du fait de la cherté de la vie, qu’ils ne puissent que se loger dans des bidons-villes, à la périphérie. Du fait de la pauvreté, le groupe s’éparpille. Certains pour survivre vont « voler », « travailler tels des forçats », se prostituer et que sais-je encore…

Figurez vous une de ces famille dont la fille aînée se prénomme Claire. La vie est dure. Le soleil, les maladies, les deuils, n’épargnent pas ces gens même s’ils souffrent déjà assez et arrivent malgré tout à garder le sourire et parfois la générosité. Malgré tout cela, la haine de l’autre ne l’emporte pas. Figurez-vous encore que n’en pouvant plus, La fille du père de famille décide qu’elle ne veut plus survivre mais tenter de VIVRE. Elle ne veut pas mourir dans ce ghetto. Elle veut vivre, rire, aimer  et si possible aider sa famille, fonder peut-être une famille et qui sait ? Se permettre, idée folle mes amis ! de découvrir autre chose. C’est la plus courageuse. Elle rappelle à son vieux père, sa mère  décédée quelques années plus tôt en couche. Oui car quand on n’a pas de moyens, il n’est pas aisé de s’offrir les prestations d’une clinique privée. Le service public ? Quel service public? L’argent du contribuable est plutôt l’argent des dirigeants. Oh certains ont bien voulu protester, sûrs de leur bon droit, mais il y a toujours des prisons et la torture pour ramener à la raison les petites gens.

La corruption règne. Les fonctionnaires ne sont point payés. Ils essaient eux aussi de survivre comme ils peuvent avec l’argent de la corruption. Les patients ne peuvent que subir. Mais revenons à cette jeune fille que nous appellerons Claire. Claire décide donc de partir. Malgré l’avis de son père.  Claire veut juste vivre.

Parmi ses amis d’enfance, beaucoup ne la suivront pas…

Un long périple commence alors, fait d’humiliations, de vexations car on peut être pauvre et rester digne, on peut être pauvre et rechigner à l’illégalité malgré le fait qu’on le fasse pour la VIE. Qui d’entre nous, pour trouver un emploi, une vie meilleure ne se rendra pas dans une autre région ? Une autre ville ? Et encore… Nous sommes des privilégiés. Pendant ce long périple donc, pendant cette rencontre avec des trafiquants, pendant cette rencontre avec de nouveaux « amis », marchant à l’ombre des arbres, courant pour échapper aux gardes-frontières, voguant dans les mers dans une minuscule pirogue, dans le froid, horrible froid, les ténèbres à épouvanter le plus courageux d’entre nous, la peur de mourir de ne plus voir les siens, une minute équivalant à des heures, les larmes, beaucoup de larmes, le silence de la nuit, elle perdra beaucoup d’amis. Énormément d’amis. Noyades, faim, bref le quotidien de notre société. Ce n’est qu’un détail. Passons.

Un esprit cynique dirait que la nature a quelque chose de magnifique car elle permets toujours aux espèces de s’adapter. Et quelque chose de cruel, car elle ne sélectionne que les plus capables, les plus forts. Il s’opère là une sélection naturelle. Ce sont les plus forts et les plus courageux, et aussi les plus chanceux qui survivent et qui débarquent dans ce monde nouveau pour eux qu’est l’Occident.

Arrivée dans cet environnement nouveau, elle s’émerveille tout d’abord. Effectivement, c’est bien différent de chez elle. Il n’y a pas de conflits civils meurtriers à proximité où des femmes se font violer continuellement, inlassablement. Il y a la paix,  l’abondance.

Un îlot de bonheur, d’abondance dans un océan de malheurs, de faim, de pauvreté. Les pauvres d’ici sont des riches chez elle. Elle ne peut travailler du fait de son illégalité et pourtant, elle veut travailler, à tout prix. Quel que soit le job, le salaire. Ce sera toujours mieux que chez elle.  Elle doit se faire toute petite car les autorités veillent. Elle a entendu parler des chasses à l’homme. Elle ne connait que trop, via les récits de nouveaux amis, les risques à errer dans les rues piétonnes. Pour expulser  une gamine en situation irrégulière, il semblerait qu’il y ait eu besoin de plusieurs militaires et quelques policiers.  Alors…. Elle réussit donc à trouver un travail au noir pour vivre. C’est dur mais au moins, elle a quelque chose.  Par un heureux hasard, elle tombe amoureuse car même si elle est pauvre, issue d’un pays du sud, elle reste une femme et peut encore aimer. La vie est dure.  Les tracas n’épargnent pas les pauvres; Il n’y a pas de seuil pour ces choses-là même si on est miséreux. Le jeune homme s’appelle Lucas. Il est gentil, beau, un peu naïf et sincèrement amoureux. Un précaire lui aussi qui vivote au gré des missions d’intérim.

Quelques années passent. Cela fait maintenant 7 ans qu’elle essaie de vivre dans ce pays malgré l’illégalité. Elle a bien tenté de régulariser sa situation mais au regard de l’opinion en ce moment, il ne fait pas bien d’Être un étranger, encore moins un clandestin. Les politiques suivent. Elle a pu mettre un peu d’argent de coté et en envoyer de temps en temps pour permettre à son père de survivre, à son petit frère de partir à l’école. Elle fait parfois l’objet de regards racistes, xénophobes, mais elle garde toujours le sourire. Elle est toujours avec son compagnon. Ils s’aiment. Ils veulent fonder une famille. C’est une fille forte, sa vie ne fut pas simple mais elle ne peut s’empêcher d’avoir des larmes aux yeux quand elle voit des familles heureuses au dehors. Elle les envie… Si seulement…

Et là survient le drame. Par téléphone. son frère lui annonce le décès de son père. Ce père qui avait tant d’affections pour elle. Qui l’a tant aimée. Elle se rappelle son regard tendre malgré la fatigue, le dur labeur de celui-ci pour ne serait-ce que nourrir sa famille au quotidien. Ce père qui se privait souvent de manger pour que ses enfants puissent le faire. Ce père qui n’a pas eu de nouvelles relations amoureuses. En avait-il seulement le temps et l’envie ? Elle se rappelle de la tristesse de cet homme à la mort de son épouse. Elle se rappelle les prières de celui-ci pour que sa petite fille puisse connaître un destin meilleur que le sien. Que Faire ? Pleurer, juste pleurer. Peut-être crier.

Voyager pour pouvoir assister à l’enterrement ? Elle ne le peut pas. Si elle part, elle sera fichée car elle n’est pas régularisée. Si ELLE part, elle perdra son conjoint, ses amis, sa vie et peut-être même son enfant. Mais en même temps, ne pas assister à l’enterrement de son père, n’est pas l’un des plus horribles malheurs ?

Elle fera une dépression pendant quelques mois et restera à jamais marquée. Ce sont les funestes marques d’une vie tourmentée. La précarité n’aide pas.

En allumant la télévision, en ce soir d’été,  elle écoute un débat où il est question des étrangers, de leurs coûts. De leur volonté de ne pas s’intégrer. De leur fainéantise. Elle regarde son compagnon et son bébé de quelques mois. Parfois, se lamenter, s’indigner n’y changera rien. Mieux vaut en rire. Les pauvres peuvent aussi rire de leurs malheurs.

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8 réflexions sur “L’odyssée d’une immigrée

  1. BOYER dit :

    Article époustouflant de réalité. A la fois émouvant et grandement bien inspiré et imaginé, composé d’une écriture fluide et agréable. Peut être un peu trop long, mais la chute est tellement magistrale que sa vaut le coup ! En vérité vraie, il s’agit là d’un article visionnaire, qui permet une réflexion aboutie d’un sujet dont cst vrai, la plupart des gens se foutent, par égocentrisme ou tout simplement par ignorance et manque de pertinent de curiosité voire de normalité humaine. En vérité vraie, cette article mériterait d’exploser sur le nez de tous ces ignorants bn disons le, globalement situé chez le fn, certainement par fermeture d’esprit et d’humanité évidente. En tout cas bravo à l’auteur, ca mériterait de tourner un peu partout pr faire un lavage de mentalités et de mœurs, car il est clair que les gens ne se rendent pas compte et de ce sujet et de la situation d’autrui de manière général. Bravo encore et bonne continuation, merci pr le petit voyage transcendantal, altruiste et philosophique.

  2. mimiecm dit :

    Merci pour ce délicieux texte….si seulement les hommes pouvaient se poser 5 minutes et essayer de comprendre plutôt que de gober ce qu on leur donne. Nous avons souvent des discussions avec les amis congolais ou ougandais ici a Kampala… Nombreux sont ceux qui rêvent de l eldorado européen et ce coûte que coûte. Ton texte mérite d être partagé…continue a garder l œil ouvert !

  3. Kim dit :

    Une situation tragique décrite avec beaucoup de pudeur et de sensibilité… Merci pour ce partage émouvant qui rappelle une réalité vécue par (malheureusement) beaucoup de personnes…

  4. L'auteur de l'article. dit :

    Merci pour ce texte ô combien juste et pertinent dans une époque où parler d’empathie, d’altruisme et d’altérité nous fait passer pour un hippie au cheveux long et aux idée courtes… 😉

  5. JM dit :

    Cet article est tellement beau, tellement simple et tellement vrai que je ne peux retenir une larme,
    Une larme pour ces peuples RICHES dont l’attention envers les problèmes réels (emplois, croissance du pays, enrichissement constant des riches et politiciens, etc) est détournée en stigmatisant et diabolisant les AUTRES,
    Une larme pour ces AUTRES, issus de pays aux forts potentiels mais aux inégalités fortes, qui risquent leurs vies, leurs âmes soutenus uniquement par l’espoir et se lancent dans l’aventure de l’AILLEURS.
    Merci pour ce texte

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