LA SEXUALITÉ DES PHILOSOPHES

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Bonjour à tous.  un membre de notre page de débats, a rédigé a rédigé un article. L’article est ci-dessous:

Un jour, une série de hasards, une suite de hautes improbabilités, me propulsent sans que j’y sois en rien préparée à une tribune universitaire, et pas n’importe laquelle, s’il vous plaît – [Grande École].

On me fait une proposition – je réponds immédiatement non, puis immédiatement oui (« Ton CV, pense à ton CV ! »)
L’organisateur du colloque me demande de lui envoyer mes travaux, ce que je fais, et il me répond : « Mouais… pas mal… Mais tu manques de références, tu devrais lire ça, ça, ça et ça (en italien et en allemand bien entendu) ». Puis il m’invite à devenir son « partenaire intellectuel », il me propose un rendez-vous – un vendredi soir à Bastille…
Je m’y rends. Le verre est à quatre euros. Un bistrot « bohème », où on lit de la Littérature. Très naïvement, je me lance donc dans un « échange intellectuel ». Je dis :
«
Il me semble que l’objet premier et principal de [tel auteur que j’étudie] est une éthique…
Faux !
Il est intéressant de remarquer que [tel auteur que j’étudie] soit, ces derniers temps, de nouveau publié, dans des traductions différentes…
La langue allemande est intraduisible !
[Je ne connais pas l’allemand, et il le sait] Mais ne penses-tu pas que la traduction soutienne la « diffusion des idées » ?…
Non.
[Changer de sujet…] Toi aussi tu t’intéresses au Hip-hop ? En ce moment je me passionne pour une rappeuse française, Casey, il me semble qu’elle est en train de révolutionner le rap français, digne héritière de…
Il ne peut pas y avoir de Hip-hop en langue française !
Que connais-tu du rap français ?
MC Solar. C’est tout.
Là-dessus, ce monsieur commence de littéralement me dérouler son CV – je choisis de me casser, j’ai tenu 1h30, ce qui est déjà très courageux. Quand je lui dis aurevoir, il me jette un regard glacial, et me dit : « Tu as bien conscience que c’est une chance inespérée que je t’offre là ?… ». Je ne réponds pas, je ne dis pas merci.
Six mois plus tard. Le jour J approche, nous sommes en septembre, c’est la rentrée, je me bagarre entre mes inscriptions universitaires, ma recherche d’emploi, le début d’un nouveau job – et je n’ai toujours rien préparé. Panique à bord. Bon, on va faire simple, je vais recycler un ancien travail, je jette un coup d’œil à mes derniers écrits, et je sélectionne les deux meilleures pages de tout ce que j’ai écrit – ça, ça devrait passer. Je jette un coup d’œil au programme du colloque – la situation est la suivante : je suis la plus jeune, la moins diplômée, et, bien sûr – la seule femme. Je ne sais pas pourquoi, « je le sens mal ». Que faire dans ces cas-là ? D’expérience, il n’y a qu’une seule solution : si je ne souhaite pas me faire écraser, je dois écraser. Je dois être au moins deux fois meilleure que les autres intervenants, et surtout, travailler mon image, mon langage corporel. Ça tombe bien, j’ai déjà fait un peu de théâtre, je connais quelques techniques – je choisis mon costume et mes mimiques.

J -1, au restaurant avec quelques-uns des participants. La note : 39 euros – c’est pas grave, je boufferai des conserves le mois prochain. Surtout ne pas montrer qu’en plus d’être femme, on est pauvre. J’offre même quelques verres.
Jour J. Je joue donc mon numéro, et je réussis. J’écrase littéralement tout le monde. J’obtiens en prime quelques éloges sincères – ce qui réellement me touche, me fait du bien. Un peu d’amitié, un peu d’humanité… on ne crache pas dessus, par les temps qui courent. (Et je vous le donne en mille!De qui me sont venus de tels éloges, une telle gentillesse ? Des trois seules femmes du public et du seul intervenant pas tout à fait « normâle »). Et puis, je reçois par ailleurs d’autres types d’éloge, ceux auxquels je m’attendais et auxquels je m’étais savamment, avec toute l’ingéniosité dont je suis capable, préparée. Monsieur X – pardon, Docteur X ! – après avoir relevé mon talent et ma subtilité, ne manque pas de me dire publiquement : « Vous avez fait quelques erreurs méthodologiques, les mêmes que celles que font tous mes étudiants. Il vous faudrait relire un peu Foucault ». (« Mon cher Foucault ! Retourne toi dans ta tombe… »).
Malgré tout, je rentre chez moi avec quelque chose comme un sentiment de joie – la chaleur et la sincérité de certains éloges m’ont fait chaud au cœur – « non, je ne suis pas rien »…
[…]

Quelques semaines plus tard. Je reçois un mail de l’organisateur du colloque, dont l’objet est : « Feedback ». Il y est question d’un malentendu, d’un quiproquo, comme quoi il m’avait réservé deux nuits à l’hôtel alors que je pensais qu’il ne m’en avait réservée qu’une, parce qu’il m’avait abondamment répété que je lui coûterai cher – enfin que je coûterai cher à la « Société [tel auteur que j’étudie] ». Ici, je me contenterai de le citer :

« J’ai eu l’impression, que tu n’as pas compris la situation. Faire une intervention dans notre symposion a été un offre à toi pour faire les expériences dans le cadre scientifique – pas une force. » [Je ne prends pas la peine de corriger le français de ce Docteur qui revendique la langue allemande comme intraduisible].

Ça, c’était pour l’anecdote. Ma petite vie de petite étudiante de philosophie. Je souhaitais répondre à l’auteur-e de L’in-fâme de la philosophie, à son très belle article.

Revenons donc à nos moutons philosophes. La situation des femmes étudiantes au département de philosophie de l’université Paris 8. Je souhaitais apporter une précision à son belle article. Je suis étudiante dans un master qui a pour intitulé :

Critiques Contemporaines de la Culture

Dans ce département, les Gender ou Cultural Studies n’existent pas. On n’en prononce même pas le nom. Par contre, Professeur Badiou y est rituellement invoqué. Et cette tapette de Belhaj Kacem y est copieusement conspuée. Je n’aime pas les « nouveaux philosophes », mais ceux qui s’opposent à eux sont tout autant détestables, précisément parce qu’ils revendiquent cette Différence que je n’aperçois pas.

Je répondrai autre chose à Mademoiselle L’In-fâme. Ce qui me rend furieuse à en devenir malade, ce sont les préfaces ou biographies des femmes écrivains. Prenons les plus célèbres, les plus reconnues :

Emily Brontë : on nous dit que son prodigieux roman est « sec », désaffecté, qu’il manque de sensualité, d’érotisme. On nous dit que cette femme est morte vierge – ce monsieur qui dit cela a-t-il été vérifier ce qu’il y avait dans son lit ? L’auteur de la préface, le préfacier carnassier, nous dit également qu’il a bien vérifié, et que non, si on suit bien les étapes de la narration, Heathcliff et Catherine n’ont pas fait l’amour, à aucun moment. Je ne sais pas trop quoi répondre à ça, si ce n’est qu’il me semble que ce roman est sans doute un des plus splendidement érotiques de toute la Littérature.

Virginia Woolf : [mon correcteur d’orthographe ne reconnaît pas ces noms-là] de même, la plume de cette dame serait « sèche ». Les biographes nous disent qu’elle était frigide (ceci expliquant cela) et bien sûr complètement cinglée. Mais elle est parvenue néanmoins à écrire son œuvre grâce aux sacrifices de son héroïque mari. On oublie de préciser que son mariage était forcé, comme tous les mariages l’étaient pour les femmes à cette époque là. Donc, que Virginia Woolf ne jouissait pas quand son mari la baisait, j’en conclus, sans doute très imprudemment, que ces rapports sexuels n’étaient sans doute pas consentis (joli euphémisme). Quant à son fameux suicide, elle dit elle-même très précisément qu’elle a fait cela pour échapper à la clinique psychiatrique dans laquelle son héroïque mari avait décidé de l’envoyer.

Simone Weil : [ah, le correcteur reconnaît, mais ce doit être à cause de l’autre, ou de son frère] elle était réputée pour son « orgueil » et sa « laideur » et son « inélégance ». (Son « ineptie » : Georges Bataille). Évidemment, ces messieurs sont insensibles à la souveraine Beauté de la vérité faite chair. Étrangement, l’un des rares contemporains à avoir reconnu sa singulière supériorité est :

Simone de Beauvoir : réputée pour sa beauté et son sex-appeal (– « Et en plus, elle était belle ! » Il ne viendrait à l’idée d’aucun de ces messieurs de parler de la fermeté du postérieur de Sartre). Beauvoir raconte dans ses mémoires, je ne me souviens plus de quel examen il s’agissait, mais c’était un examen très difficile et mixte : Weil, 1ère, Beauvoir, 2ème, et après les hommes. (Juste pour confirmer ce que je dis plus haut quand j’affirme que pour ne pas se faire écraser, une femme doit être au moins deux fois meilleure que les hommes).

Conclusion : une femme écrivain est avant tout un composite ou un agrégat d’attributs sexuels, et une épouse ou une vieille fille. (Ne parlons pas de Dickinson, Plath, Kane, etc.) [Là mon correcteur sèche complètement].

Alors, je répète la question de l’auteur-e de L’in-fâme :

Comment est-ce que je dois m’y prendre pour être ?

 

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