Les DOM TOM……

Bonsoir à tous. Yann Kolev, un membre de notre page de débats, a rédigé un article sur les Dom Tom. L’article est ci-dessous:

« Les danseuses de la France » avait dit Valéry Giscard d’Estaing à propos des Départements et Collectivités d’Outre Mer. Ces îles aux paysages paradisiaques, semblent souvent être les oubliées de la République qui, malgré des efforts considérables, mais épisodiques n’arrive pas à satisfaire les revendications ultramarines en terme de politiques publiques, de pouvoir d’achat et d’emploi. A un point où les mouvements sociaux se font de plus en plus fréquents et où l’indépendantisme prolifère dans les classes politiques. Au point où la France est en train de perdre la Nouvelle Calédonie…

Mais la République reconnaît le droit des peuples à disposer d’eux même. Elle l’a clairement fait connaître dans le passé, si l’on suit les indépendances données par la France à ses ex-colonies. Si les Mahorais ont voulu rester Français et devenir un département, le 101e au sein de la République, les Calédoniens, eux ont de fortes chances de trouver l’indépendance. L’accord de Nouméa précise que : « La consultation portera sur le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, l’accès à un statut international de pleine responsabilité et l’organisation de la citoyenneté en nationalité ». Ainsi, s’offre à la Nouvelle-Calédonie un panel de choix sur son futur statut (État associé à la France, indépendance, large autonomie au sein de la République française, etc.). Mais il est très probable que celle-ci choisisse l’indépendance totale. Déjà dotée d’une large autonomie, d’institutions (Congrès, gouvernement local, Sénat coûtumier) et de lois propres, il sera procédé à la consultation de la population entre 2014 et 2018. Ce sera alors aux Calédoniens de décider de leur avenir.

Ceci suscite des montées indépendantistes dans d’autres DOM TOM, notamment en Martinique, en Guadeloupe et en Guyane, ou les partis qui prônent l’autonomie ne cessent de croître. De plus en plus d’Antillais notamment sont favorables à une évolution statuaire de leurs îles, dont certains vont jusqu’à revendiquer l’indépendance. Le chômage de masse qui touche ces populations, la grande précarité, le faible pouvoir d’achat et l’identité culturelle qui leur est propre expliquent en partie les tensions qui y règnent. De plus l’histoire longue et douloureuse qui les lie à la métropole, incluant esclavage, traite et violences séculaires n’arrangent pas la situation.

Les Antillais, comme tous les ultramarins souffrent également d’une quête identitaire qui les oppose à leur concitoyens hexagonaux. En effet, beaucoup sont amenés à venir en métropole pour chercher du travail ou pour se former, mais une fois sur place témoignent de l’ignorance outrancière de ces derniers à propos de leur île, leur mode de vie. Victimes de racisme ordinaire ils font souvent face à des « Rentres chez toi », sont stigmatisés, pris pour des Africains, donc étrangers, discriminés à l’embauche ou à l’accès aux services. Ces Français d’Outre mer ne semblent pas être totalement Français au vu de leurs compatriotes blancs et en ont marre d’être taxés d’étrangers dans leur propre pays.

De l’autre coté dans les îles le sentiment anti-français et anti-blanc est également de rigueur. Les touristes en passage à Fort de France, à Pointe à Pitre, à Cayenne, à Mamoudzou à Saint Denis sont accueillis avec joie et hospitabilité. En revanche dès qu’il s’agit de s’installer sur place et de travailler ceux-ci sont confrontés à des violences et des propos indignes. Or, ceci est tout à fait normal quand on sait que l’immense majorité des postes de fonctionnaires, de cadres, de dirigeants et de patrons, y compris les propriétaires terriens et agricoles, sont des blancs et des métropolitains, ou leurs descendants. Cette nouvelle forme de domination (colonisation ?) revolte les ultramarins, qui à compétences égales sont souvent moins payés, voir non embauchés et doivent survivre avec les aides de l’Etat, des jobs alimentaires, souvent pénibles (couper la canne), et la solidarité familiale. A ce titre je suis fortement favorable à la préférence régionale , prônée par certains hommes et femmes politiques (dont Marine Le Pen) dans ces régions. Il est aberrant de faire venir des profs, des militaires, des cadres et des directeurs de la métropole alors qu’il y a 1 personne sur 3 au chômage, dont 1 sur 2 de moins de 25 ans, souvent expérimentés et diplômés. On se plaint du coût de ces régions pour le contribuable, mais on refuse d’y implanter des entreprises et de favoriser l’emploi.

Une autre aberration dans les DOM TOM est l’ainsi dit « octroi de mer » une taxe supplémentaire pour les produits importés. Alors que les allocataires des minimas sociaux représentent une grande partie des habitants de ces régions, les autorités réduisent encore plus le pouvoir d’achat des ultramarins avec cette taxe, pourtant représentant la moitié du budget des départements. Ainsi certains produits de première nécessité coûtent le triple, voire le quadruple qu’en métropole, parce que sur le coût du transport s’ajoute la taxe d’octroi de mer, la TVA et la marge de l’entreprise. J’ai ainsi acheté mon Nescafé soluble 11,95€ hier dans le supermarché à Saint Denis de la Réunion. Les fromages, yaourts, boissons, viande et charcuterie n’échappent pas à la règle non plus.

Dans l’Océan Indien la situation n’est pas très différente. A la Réunion où je réside, une énorme majorité des jeunes se retrouve sans débouchés. Le rhum et le « zamal » (hachish local) font le quotidien d’une grande partie de la jeunesse, désoeuvrée et dépourvue de perspectives d’embauche et de réalisation professionnelle. Le malaise social est aussi fort que les revoltes sociaux et les violences se font au moins une fois par an, parfois accompagnés de forts dégâts matériels et de très grandes violences. La Réunion a toutefois le mérite d’être très paisible et en totale harmonie sur le plan ethnique et réligieux, où les communautés d’origine européenne, africaine, malgache, indienne, chinoise vivent ensemble en parfaite solidarité, entraide et tolérence. De quoi servir d’exemple pour les autres DOM TOM, mais aussi pour la France toute entière et de nombreux pays dans le monde.

En revanche à Mayotte il fait pas bon être métropolitain en ce moment. Les violences récentes, liées à la vie chère n’ont pas vraiment cessées, et les risques pour les non-mahorais semblent être majeurs. Ce dernier département français, depuis 2011 seulement connaît une grave crise sociale. Le SMIC n’y est pas encore alligné au SMIC français, mais montant progessivement constitue un frein majeur à l’embauche. Beaucoup de ressortissants de cette île du canal de Mozambique n’ont pas encore d’état civil, l’aéroport de Dzaoudzi, trop petit ne peut pas accueillir les long courriers provenant de la France, ce qui augmente encore plus les coûts de voyage. La polygamie ne semble pas encore être abolie de fait, les cadis et les tribunaux réligieux et coûtumiers y fonctionnent toujours. La laicité n’y existe pas non plus, comme d’ailleurs souvent dans l’outre mer, le Concordat étant toujours en vigueur en Guyane (mais aussi en Alsace et Moselle). L’énorme majorité de la population ne parle pas le français. Les Comores revendiquent toujours leur souveraineté sur l’île qui a pourtant voté « pour rester française » à la consultation quant à la décolonisation. Ceci pose problème à la France au niveau international, le problème ayant été traité par l’ONU. Enfin Mayotte sert de « maternité » des Comoriennes, principalement d’Anjouan qui sont nombreuses de venir clandestinement en embarcations de fortune (kwassa kwassa) accoucher sur l’île pour profiter du droit au sol, sans sécurité sociale et au risque de leur vie. Sur une population totale de 200 000 habitants l’île compte aujourd’hui 60 000 immigrés clandestins et 80% des nouveaux-nés à la maternité de Mamoudzou (première maternité de France) sont nés de mères non mahoraises. D’ailleurs sur les 30 000 reconduites à la frontière par an par la France 7 200 ont leiu à Guyane (des Brésiliens et des Sourinamais principalement) et 11 400 à Mayotte (2006).

En conclusion, l’Etat semble avoir abdiqué de ses responsabilités envers ses régions d’Outre mer. Afin d’inverser la donne, il faudrait des allégements de charges et d’impôts spécifiques aux entreprises investissant et créant des richesses et d’emplois dans l’Outre mer. Il faudrait favoriser les embauches locaux et ne plus contraindre les ressortissants des DOM TOM à partir à 10 000 km de leur proches pour se former ou trouver un emploi. Il faudrait réguler également plus efficacement les prix des billets d’avion, afin de favoriser la libre circulation des ultramarins en France et dans l’UE d’un coté, et des touristes se rendant dans ces régions d’un autre. Il faudrait favoriser également les liens et les échanges avec les pays voisins (Venezuela, Colombie, Panama, Brésil pour les Antilles/Guyane et Madagascar, Comores, Maurice, Mozambique et Afrique du Sud pour la Réunion et Mayotte) et d’éviter ainsi les coût d’importation trop importants de la France. La politique assimilationniste semble également être un échec, alors qu’une fois en France, ces Français d’Outre mer se sentent rejettés et sont victimes de racisme à deux balles dans leur quotidien et que les mouvements d’indépendance montent en puissance. De même l’actuelle ministre de la justice Christiane Taubira a elle-même fait partie d’un parti guyannais revendiquant l’indépendance.

Si les Collectivités et les Territoires d’Outre mer sont plus susceptible de demander l’indépendance, dans les Départements il est moins probable que les propos indépendantistes séduisent vraiment. Vu la situation des autres pays frontaliers aux DOM, ceux-ci ont le privilège de disposer d’éducation obligatoire et gratuite, de SMIC, d’aides sociales, de sécurité sociale, ce qui n’est pas donné à tous les Malgaches, Sourinamais ou Haitiens. De plus la France n’a pas du tout intérêt de perdre ces régions éloignées parce qu’elles constituent une grande partie de son patrimoine naturel, mais aussi une zone économique exclusive française de 200 miles autour des îles, riches en poissons, pétrole, gaz entre autres. Ceci permet également à la France d’être présente sur 5 continents, et d’avoir le réseau frontalier le plus dense dans le monde

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2 réflexions sur “Les DOM TOM……

  1. Nawale dit :

    « La polygamie ne semble pas encore être abolie de fait, les cadis et les tribunaux réligieux et coûtumiers y fonctionnent toujours. La laicité n’y existe pas non plus, comme d’ailleurs souvent dans l’outre mer »
    je me trompe peut-être, mais la polygamie a été abolie en 2003 il me semble, mais sans effet rétroactif. donc tous les polygames d’avant 2003 ne sont pas hors la loi. Les tribunaux religieux ne fonctionnent plus beaucoup. Et en parlant de laïcité, je ne comprends pas en quoi elle n’existe pas à Mayotte.
    Sinon pour le reste de l’article je suis entièrement d’accord.

  2. lylloo dit :

    Je reviens de la Réunion où j’ai vécu quelques temps, et je reconnais bien les problèmes que vous exposez. En effet, que penser d’un Etat qui soutient ses fonctionnaires métropolitains financièrement pour partir dans les DOM (logements de fonction, primes de déménagement, primes de vie chère) et qui ne soutient pas ses fonctionnaires domiens de la même manière? Il faut le savoir, un fonctionnaire domien ne bénéficie pas de tous ces avantages, à moins d’être haut placé dans la hiérarchie. Les domiens seraient des citoyens français de seconde zone pour notre gouvernement? Eux finissent par le penser en tout cas, voyant à quel point ils sont toujours la dernière roue du carrosse.
    Comme vous le soulignez également, cette taxe sur l’octroi de mer est vécue comme une véritable injustice par une population lourdement frappée par le chômage et les emplois précaires et sous payés.
    Notre gouvernement est resté en arrière et les DOM restent pour lui des colonies déguisées dans lesquelles ils se sert allègrement en ressources diverses, en main d’oeuvre et en taxes.
    Rappelons quand même que la Réunion pour ne citer qu’elle (je ne parle que de ce que je connais) fait partie des départements qui rapportent le plus d’argent à l’Etat, ne serait-ce qu’en matière de taxes. Cela ne mérite-t-il pas davantage de reconnaissance de la part de notre gouvernement?

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